Malaise des cadres et malaise des autres...

Roger Morin

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Malaise des cadres et malaise des autres...

Arbeiter mit Hammer

© mankale

« Animal piégé, dont les mouvements contribuent à resserrer le lacet... », tel serait, selon Jean-Philippe Bouilloud, le cadre des grandes organisations d'aujourd'hui, dans lesquelles le mal-être au travail gagne tous les niveaux de la pyramide. Après en avoir été protégés, les cadres subissent désormais le lot commun des salariés soumis aux méthodes de management pathogènes qui se répandent dans les entreprises et, dans une moindre mesure, les organisations publiques.
enclume_marteau_bouilloud"Entre l'enclume et le marteau, les cadres pris au piège",Jean-Philippe Bouilloud,éditions du Seuil.

Direction "burn-out''

Quatre aspects de ce management concernent tout particulièrement les cadres : - la course à la compétitivité ou à la maîtrise de la dépense se traduit par une mise sous tension des organisations ; les cadres y sont en première ligne, appelés à manier des systèmes d'évaluation quantifiée, au service d'objectifs de plus en plus inatteignables ;- les injonctions contradictoires prolifèrent à leur adresse : faire plus avec moins ; être autonome mais obéir scrupuleusement aux ordres d'en haut ; développer la qualité et faire du chiffre... la liste est longue de ces exigences antagonistes, qui ont en commun de mettre à coup sûr en échec ceux qui les reçoivent, certains d'être toujours, d'un côté ou de l'autre, fautifs ;
Selon l'auteur, le fonctionnement "en mode projet" est en grande partie responsable de la surcharge qui nourrit le malaise des cadres.
- le culte du changement produit une sorte « d'agitation transformatrice » qui engendre dans bien des cas insécurité, désorganisation et perte de savoir-faire : à peine une manière de faire est-elle établie qu'elle est déclarée obsolète, dans une fuite en avant vers de supposées améliorations censées mettre l'organisation à l'abri des périls qui la menacent ;- il en résulte, au final, une redoutable complexité, dont le fonctionnement « en mode projet » est, selon l'auteur, en bonne partie responsable : il est en tout cas pour beaucoup dans la surcharge qui nourrit le malaise des cadres, et dans le pire des cas, les conduits jusqu'au burn-out.

Retour à l'éthique

De tout cela, les cadres - et c'est ce qui fait la singularité de leur malaise - sont tout à la fois acteurs et victimes. Et, pour eux, défaire le nœud dans lequel ils sont pris exige d'abord de se déprendre des croyances dont est tissé le lacet qui les enserre. Croyance dans le changement à marche forcée, au service d'un futur mythifié qui dévalorise l'organisation réellement existante. Croyance en la rationalisation sans fin, destructrice des ancrages locaux, des cultures professionnelles et ignorant l'histoire qui les produit. Addiction au travail réduit à la tâche à réaliser, aux dépens du métier bien exercé et de l'expression des talents. Négligence des enjeux éthiques au nom de la sacro-sainte efficacité, jusqu'au jour où celle-ci se retourne contre ses zélateurs.
C’est en réalité la voie d’un retour à l’éthique de la relation à l’autre que prépare ce grand ménage dans les croyances et idéologies de l’époque.
C'est en réalité la voie d'un retour à l'éthique de la relation à l'autre que prépare ce grand ménage dans les croyances et idéologies de l'époque. C'est ce grand ménage qui peut seul permettre de redécouvrir l'organisation pour ce qu'elle est : non une machine dont des ingénieurs auraient à ajuster les rouages, mais un collectif humain capable de belles collaborations pour peu que ses membres s'y sentent respectés et en confiance ; non une entité sur laquelle il faudrait agir, mais une institution vivante apte à se remettre en cause de façon naturelle et collective, pour peu que les ressorts n'en soient pas ignorés et malmenés.C'est ainsi, par ce replacement éthique, que les cadres aujourd'hui à la peine peuvent espérer, sinon retrouver le confort et les privilèges d'antan, au moins rompre l'isolement qui les menace et préserver, chacun, l'estime de soi et l'intégrité qui protègent des plus graves périls.

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