Mathilde Chaboche : ''Dans une ville fracturée, il faut retrouver le chemin des aménités ''

Stéphane Menu

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Mathilde Chaboche : ''Dans une ville fracturée, il faut retrouver le chemin des aménités ''

Adjointe au maire de Marseille en charge de l’urbanisme, Mathilde Chaboche détonne. Elle n’hésite pas à dire ses quatre vérités sur le bilan habitat de Jean-Claude Gaudin. Et fixe un cap aux Marseillais pour construire 5 000 logements par an en inscrivant la démarche dans le cadre des transitions écologique et sociale.

En matière de logement, certains opposants politiques et promoteurs immobiliers vous reprochent de bloquer les permis de construire…

Ce n’est pas le cas parce que c’est juridiquement impossible. Le taux de refus actuel est de 30 %, assez proche des années précédentes. Il avait même atteint 39 % en 2019, quand la précédente municipalité était aux affaires. La tension sur ce sujet, que vous évoquez, est sans doute liée à la mise en œuvre du PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal, ndlr) en vigueur depuis le début de cette année. Les promoteurs n’ont pas encore eu le temps de se l’approprier complètement et beaucoup de projets ne répondent tout simplement pas à cette nouvelle règle du jeu.

Nous avons fixé l’objectif ambitieux de construire 5 000 logements chaque année sur Marseille

Après, en ma qualité d’adjointe à l’urbanisme, il est vrai que je regarde d’un peu plus près le contenu des projets. Certains projets luxueux ou de logements sociaux n’entrent pas dans le champ de l’équilibre de l’habitat qui nous paraît indispensable aujourd’hui à Marseille, dont la fracture sociale saute aux yeux. Certains refus peuvent en effet relever de ce que l’on appelle une politique de peuplement raisonnée et raisonnable.


Et c'est là que l'on vous reproche d'avoir une approche idéologique de ces question…

Pour certains, en effet… Mais nous avons été élus, entre autres, pour que chaque nouvelle construction sur cette ville soit au service de la transition écologique et sociale. Les projets en dehors de cette transition ne servent à rien. Nous avons fixé l’objectif ambitieux de construire 5 000 logements chaque année sur Marseille. Nous devons avoir une vision juste de cet objectif. Construire une nouvelle résidence dans le douzième arrondissement de la ville ? Ou dans le secteur municipal des neuvième et dixième arrondissements ? (Ndlr, quartiers résidentiels de la cité phocéenne) Quelle est la logique urbaine ?

L’urbanisme collinaire, c’est fini

Même pour ceux qui y habitent, ils n’ont pas accès aux services publics de proximité, doivent faire des kilomètres pour faire les courses. Peut-on parler de la transition écologique dans ces conditions lorsque l’enjeu est au contraire de remplir les dents creuses et de lutter contre l’artificialisation des sols ? Marseille a souffert pendant des années d’un manque de vision en matière d’aménagement. On a laissé les promoteurs étirer la ville, en décorrélation complète avec ce qui se fait ailleurs. Le temps de la vision stratégique est venu.


Comment la définiriez-vous ?

Le centre-ville de Marseille est moyennement dense. Il faut, dans cette ville fracturée, retrouver le chemin des aménités. Cette ville n’a pas, à l’heure où je vous parle, de schéma directeur des services publics, document essentiel pour coller aux évolutions démographiques de la ville. Il manque ainsi vingt écoles à Marseille, notamment dans les quartiers nord. Je veux travailler, avec l’aval du maire de Marseille, sur le principe de corridors de bonnes dessertes.

Je crois à la clarté en matière d’urbanisme, notamment à travers une charte de la construction que nous sommes en train d’élaborer

Nous devons construire là où les transports en commun, eux-mêmes défaillants, sont positionnés pour éviter que les habitants ne soient placés dans la situation de prendre leur voiture pour se déplacer. Je suis favorable à la ville du quart d’heure. Il faut par ailleurs préserver nos atouts verts. L’urbanisme collinaire, c’est fini. Il faut faire ce que les villes ont fait ces vingt-cinq dernières années, pour recréer du lien entre les habitants.

Marseille ne serait donc qu’un assemblage de quartiers ?

J’ai beaucoup voyagé, je suis une citoyenne du monde. Pourquoi irais-je dans certains arrondissements marseillais ? À Paris, le maillage entre les quartiers est facilité par le fait qu’à tel endroit se trouve tel équipement. À Marseille, certains quartiers sont monocolores, vivent de façon endogène. L’attractivité d’une ville passe par là. Les entreprises qui choisiraient Marseille pour s’installer veulent une vision claire, à moyen terme. Je crois à la clarté en matière d’urbanisme, notamment à travers une charte de la construction que nous sommes en train d’élaborer.

Tel qu’il se présente, même s’il n’est pas parfait, le PLUi permet d’agir.

Les paradigmes sont en train de changer. D’ailleurs, nos bons résultats aux municipales dans un secteur habituellement à droite comme celui des 6e et 8e arrondissements montrent clairement que les habitants souhaitaient autre chose, au-delà des convictions politiques. Ils ne veulent plus de bétonisation. Ils veulent une ville vivable et c’est la ville de demain à laquelle nous consacrons toute notre énergie parce que le rattrapage à opérer est énorme.


Comment faire, face à une métropole dirigée par la droite, qui détient la compétence des documents d’aménagement ?

Tel qu’il se présente, même s’il n’est pas parfait, le PLUi permet d’agir. La présidente de la métropole a assuré qu’elle prendrait en compte toutes les demandes des maires en matière d’urbanisme. Je suis sûre qu’elle ne fera pas exception à la ville centre de la métropole. Les chamailleries avec la métropole n’ont à mes yeux aucun intérêt. J’avance avec en tête l’idée de mettre en œuvre le projet pour lequel nous avons été élus.

Adjointe au maire de Marseille à l’urbanisme et du développement harmonieux de la ville, Mathilde Chaboche est aussi conseillère communautaire. Spécialiste des questions de développement local, elle a mené des expériences en France comme à l’international (milieu associatif, secteur privé, collectivités locales).

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