Mobilité : la ville aux vélos

Julien Damon

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Mobilité : la ville aux vélos

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Le vélo fait son retour dans les villes : pistes cyclables, systèmes de libre-service (plusieurs centaines maintenant sur la planète), révisions du Code de la route, policiers en VTT… En France, ce mode de déplacement reste cependant marginal, apprécié comme un loisir sportif ou décrié comme un gadget urbain. Un livre militant et très renseigné, rédigé par un spécialiste de la mobilité, fait le point sur les arguments favorables au vélo.
Amateur de bonnes formules (« RER rime avec galère »), Olivier Razemon fait son travail de journaliste en s’appuyant autant sur les anecdotes que sur les données de sécurité. Son ouvrage est un plaidoyer pro-cycliste, appelant à des réformes de société (pour une meilleure vie, de tous, en ville).

Observations et analyses pro-vélo

De fait, pour les trajets compris entre un demi et une dizaine de kilomètres, le vélo a tout son intérêt. En zone dense, il serait plus efficace que la voiture. Razemon adore le vélo et le pare de toutes les vertus : égalité des sexes (les femmes accèdent en 1892 au pantalon si elles ont une bicyclette à la main) ; plaisir et bonne santé ; air plus pur et énergie économisée ; remède à la crise (et le journaliste de rappeler l’invitation, alors moquée, de Christine Lagarde aux Français de rouler à bicyclette) ; marché prometteur (avec, notamment, l’extension du cyclotourisme).
 « Si, en 2020, 20 % des Franciliens se déplaçaient à vélo (contre 2 % aujourd’hui), 2 745 vies seraient sauvées, tout simplement parce que les habitants se porteraient mieux. »
Rival historique de la voiture, le vélo a longtemps été le mode de déplacement du « prolo », avant de devenir celui du « bobo ». Le « tout automobile » ayant donné le « la » de l’organisation urbaine, piétons et cyclistes ont été écartés. Razemon s’interroge d’ailleurs sur la puissance du lobby automobile pour savoir si ce ne sont pas les producteurs de voiture qui poussent au port (inesthétique et anxiogène) du casque de vélo.

Pour des réformes radicales

L’ambition de l’expert pro-vélo (et au penchant décroissant) est d’intégrer pleinement le vélo en ville, sans aménagements spécialisés (sinon des stationnements). Très versé dans d’intéressantes comparaisons européennes, il aspire à ce que la France rejoigne le Danemark ou les Pays-Bas parmi les pionniers de ce qu’il baptise la « transition cyclable », une transformation possible des villes, aujourd’hui plus réaliste que l’utopie de « vélorution » des années 1970. Parmi ses propositions les plus fortes, une limitation générale de la vitesse urbaine à 30 km/h.
« Les pointes de vitesse ne servent à rien, sinon à intimider les autres usagers ou à se donner l’illusion qu’on a eu raison de prendre sa voiture. »
Plus favorable au covoiturage qu’à l’auto-partage, l’auteur se montre critique à l’encontre des vélos partagés (le coût annuel d’un Vélib’ est estimé à 4 000 euros). Razemon soutient aussi l’idée d’un « code de la rue », afin d’adoucir et de fluidifier toutes les circulations. Son pari, hautement politique, est d’assurer la cohabitation des différents modes de transport, à rebours de la concurrence acharnée (visible au quotidien dans les rues des villes) entre les modes de déplacement.
« Lorsque la Chine était communiste, le vélo était privé ; maintenant qu’elle est capitaliste, il est public. » (Julien Allaire, porte-parole de L’Heureux cyclage)
Les partisans du vélo puiseront dans ce livre solide, bien au-delà du petit guide pratique qui le termine, des arguments en faveur de leur petite reine. Ses détracteurs devront aussi lire Razemon pour mesurer la vigueur de certaines démonstrations et chercher les contre-arguments.[caption id="attachment_10349" align="alignright" width="231"] "Le pouvoir de la pédale", un livre pro-vélo d'Olivier Razemon.[/caption]

Olivier Razemon,

« Le pouvoir de la pédale : comment le vélo transforme nos sociétés cabossées »,

éditions Rue de l’échiquier, 2014,

192 pages, 15 euros.

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