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Municipales : c'est déjà l'heure du bilan

Franck Plasse

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Depuis le 1er mars, les candidats aux prochaines municipales ont pu désigner leur mandataire financier, ouvrir un compte de campagne et effectuer leurs premières dépenses... Les grandes manoeuvres peuvent débuter. Pour les équipes en place, partir du bon pied commence par le bilan. Cette première étape est à réussir au sein du groupe d'élus, mais aussi à enrichir avec le point de vue des services : deux acteurs dont le calendrier est loin d'être le même...

Un bon tempo de campagne électoral épouse les contours de l'année scolaire et civile, en structurant ses séquences à partir des moments clés de la vie des habitants : il utilise comme repères des éléments forts existants et instaure une dynamique cohérente pour les électeurs. D'ici mars 2014, trois grandes périodes apparaissent : d'abord jusqu'aux congés d'été, puis de septembre jusqu'aux fêtes de fin d'année, enfin de janvier à mars. Pour une équipe en place, elles fournissent un planning naturel avec trois contenus successifs : bilan, projet, campagne de terrain.

Bilan objectif, mais aussi subjectif !

Dans l'idéal, les élus ont donc jusqu'à cet été pour faire le bilan de leur action (cette étape est « interne », entre élus, car la communication aux habitants de l'état de lieux ne doit intervenir qu'à proche distance de l'élection sous peine de perdre son impact - par exemple fin 2012 ou début 2013). Ou plutôt deux bilans de leur action : l'un subjectif et l'autre objectif. En effet, la plupart des bilans se veulent objectifs et passent au crible réalisations et indicateurs. Néanmoins bien des ressentis s'expriment également, créant parfois des confusions entre le vécu des participants et la réalité effective. Pour autant, cette composante émotionnelle n'est pas à négliger. D'une part, elle est un contenu riche d'enseignements. D'autre part, la manifester est une source d'efficacité pour aborder ensuite les éléments factuels. Ainsi, en 2010, les départements de psychologie des universités du Wisconsin et du Massachusetts ont démontré qu'en faisant s'exprimer par écrit des étudiants sur leurs sentiments avant des exercices de mathématiques, le taux de bonnes réponses augmente de 15 % ((« The benefits of emotional expression for math performance », article de Kathleen Burns et Stacy Friedman publié dans Cognition & Emotion n° 26. Téléchargement (payant) : http://bit.ly/YFTsXh)).

Commencez par le bilan subjectif pour profiter des effets mis en évidence dans l'expérience de ces universités américaines. Voici un déroulé type pour organiser une telle séance :

1. Munissez-vous de fiches : 2 vertes, 2 rouges et 2 blanches par élu participant. Remettez 1 fiche de chaque couleur à chaque élu.

2. Demandez-leur de penser à leur fonctionnement entre élus, et entre élus et services, au cours du mandat. Puis d'écrire un élément notable source de satisfaction sur la fiche verte, un élément notable source d'insatisfaction sur la rouge, un manque sur la blanche.

3. Ramassez et mélangez les fiches.Distribuez-les et faites-les tourner de manière à ce que chaque élu prenne connaissance de toutes les fiches.

4. Puis remettez 1 nouvelle fiche vierge de chaque couleur à chaque élu, à remplir avec une idée qu'il a vu passer et qu'il partage ou une nouvelle idée inspirée par une fiche qui vient de circuler.

5. Ramassez les fiches et classez-les par couleur. Constituez trois groupes d'élus et remettez à chacun de ces trois groupes les fiches d'une couleur. Donnez comme consignes de classer les fiches par thèmes de manière à faire apparaître des grandes idées clés et de les utiliser pour établir un constat.

6. Faites restituer chaque groupe et animez les débats qui en découlent.

Consacrez la séance suivante au bilan objectif. Prenez comme base le programme présenté aux électeurs et proposez aux élus d'évaluer chaque point. Vous pouvez constituer des tablées épousant la composition des commissions et utiliser comme qualificatifs « fait, avec des résultats remarquables », « fait, avec des résultats valides », « fait, mais avec des résultats peu probants », « non fait ». Invitez les élus à notamment rechercher les causes des items recevant les deux derniers indicateurs. Comme pour le bilan subjectif, faites restituer chaque groupe et animez les discussions qui émergent. Profitez-en pour lister les actions qui doivent être conduites prioritairement d'ici mars 2014.

Le bilan, côté services

Il serait démobilisant de faire effectuer un bilan avec les services dès à présent. Il reste presqu'une année de travail d'ici les prochaines échéances électorales : une dernière ligne droite éventuellement intense selon les actions à boucler que le bilan objectif des élus a mis en évidence. Le dernier trimestre 2013 est plus adapté. Les deux bilans, subjectif et objectif, sont alors également appropriés pour les services :

- axez le premier sur les fonctionnements de l'administration. Travaillez au moins avec l'encadrement. La démarche peut être étendue à tous les niveaux hiérarchiques, mais il est alors préférable de former les cadres intermédiaires et de proximité chargés de l'animation de groupes d'agents ;

- effectuez le second comme indiqué pour les élus, en allant plus loin dans l'analyse et en aboutissant à des préconisations méthodologiques.

Ce travail des services, réalisé plus tardivement que celui des élus, ne permet pas d'alimenter directement ce dernier. En effet, au quatrième trimestre 2013, les élus devraient avoir déjà engagé l'élaboration de leur programme 2014-2020 : donc ils devront utiliser les évaluations et indicateurs produits tout au long du mandat. Les bilans des services pourront néanmoins servir pour valider ou affiner en dernière minute. Ils seront surtout précieux, après les élections, pour l'équipe désignée par les urnes : lorsque les élus devront décliner le projet politique en plan opérationnel d'actions des services, ils disposeront d'une base qui facilitera la prise en compte des contraintes fonctionnelles, l'identification des conditions des réussites ainsi que la co-construction d'une mise en œuvre efficiente avec les cadres municipaux.

Pour la direction générale, ce sera également un outil stratégique qui lui permettra tant de conseiller les élus à partir du produit d'une réflexion collective de l'encadrement que de faire le lien entre les orientations fixées par l'exécutif et les constats de l'organisation. Ce sera alors un enjeu managérial majeur, à ne pas rater. Si les « producteurs » des bilans subjectifs et objectifs perçoivent que leur apport est utile et que les décisions l'intègrent, ils recevront alors des signes d'une reconnaissance de leur travail et de leur avis, source de motivation. Les effets contraires peuvent être dévastateurs...

Et les habitants ?

Enfin, troisième partie-prenante du mandat : les habitants, concernés en premier lieu par le projet politique et l'action des services. Les sympathisants peuvent d'ores et déjà être associés. Pour les autres, le calendrier idéal se rapproche de celui des services : solliciter leur avis est opportun au second semestre 2013, éventuellement dès mi-septembre, une fois que la rentrée scolaire est passée. Utilisez une grille simple permettant de mesurer globalement s'il y a satisfaction ou insatisfaction à vivre dans la commune et collectez les raisons qui motivent l'une ou l'autre. Quant à la méthode de recueil, diverses options sont possibles : réseaux sociaux, site web, questionnaire en boîte aux lettres, réunions publiques, porte-à-porte... En veillant à ne pas impliquer d'agents municipaux - à moins qu'ils n'interviennent à titre personnel et hors de leur temps de travail - et de financer cette initiative via le compte de campagne !

Témoignage

Virginie Thobor, première adjointe, Lieusaint (77)
" Objectiver les sentiments "

« En tant que maire-adjointe, j'ai participé à un bilan de mandat subjectif des conseillers municipaux de la majorité. L'objectif de cette réunion de travail des élus était de rendre compte, de manière individuelle, personnelle et anonyme, de notre sentiment/regard sur les relations de travail que nous avons entretenues entre nous (élus) et avec les services. En 1h30 environ,l'exercice, pourtant basé sur la subjectivité, me semble avoir permis d'objectiver les sentiments car des thèmes communs ont pu être dégagés. Chacun s'est exprimé et l'expression de tous a été respectée et prise en compte quel que soit le positionnement ou l'action de l'élu. Le résultat a été positif et a permis de rendre compte du fonctionnement de nos relations et de nos attentes. L'anonymat a libéré la « parole » traduite par les écrits des personnes. Cette animation permet la contribution de chacun. Tous les participants se sont mobilisés à travers le travail d'écriture, de lecture et de groupes. Elle a permis de dégager des consensus. »

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