Éditorial : Nouveau monde, vieilles idées

Nicolas Braemer

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Éditorial : Nouveau monde, vieilles idées

© Adobestock

Disparu de la présidentielle, le débat climatique. Et pourtant, nous aurions eu là l’occasion de nous débarrasser de vieux réflexes qui nous empêchent de penser.

On y était depuis un bon moment, mais une fois la campagne achevée, on ne peut que constater les dégâts. Ce qui est LE rendez-vous politique majeur de la France avec elle-même n’a donné lieu à quasiment aucun débat sur notre avenir climatique. Comment ce qui représente une préoccupation si importante chez nos concitoyennes et concitoyens peut-elle à ce point disparaître du débat public ?

Posons déjà ça là : une grande partie de nos élites sont encore climatosceptiques. Oh, pas au sens de ceux qui pensent que le réchauffement n’est qu’une fable. Mais dans une conception plus pernicieuse encore, celle qui fait minimiser le danger, qui fait trouver des raisons de ne pas agir, qui laisse à penser que la France, toujours meilleure que les autres et si forte de sa précieuse autonomie nucléaire, peut se contenter du minimum.

Si l’on veut mettre la question climatique et sociale à sa juste et nécessaire place, il va pourtant bien falloir nous défaire de certains réflexes de pensées largement intériorisés par les journalistes qui interrogent les politiques et par la plupart des politiques qui leur répondent.

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Ce qui nous fait dire que les plus pauvres n’auraient pas les moyens de payer la transition quand ils n’ont surtout pas les moyens de l’immobilisme et du coût énorme que les crises climatiques auront d’abord pour eux.

Ce qui nous fait poser des hiérarchies entre les impératifs sociaux et les impératifs climatiques et nous laisse penser qu’il faut choisir entre fin du monde et fin de mois, alors qu’une grande partie de ces dépenses contraintes de chauffage, de logement, de transport… qui empêchent de vivre dignement nous montrent que les impératifs sociaux et climatiques se confondent.

Ce qui nous empêche de voir qu’en aucun cas nous ne pourrons payer le prix, croire que nous pourrons assumer le coût incroyable de la transition sans que les plus riches la financent, ceux-là dont les activités sont la source d’une immense majorité des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui nous empêche de voir donc, que la justice sociale est une condition de la transition, pas une vague option.

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Ce qui nous fait croire qu’on pourra combattre le réchauffement climatique sans s’attaquer à ses causes profondes. Que le « progrès » techniques et ses artifices technologiques suffiront à nous sauver la peau. Alors qu’il nous faut saisir cette période pour instaurer de nouveaux rapports de production et de consommation enfin respectueux des hommes et du vivant.

Bref, alors que ce monde de crise climatique nous impose de changer, nous ne pouvons continuer à réfléchir avec des schémas de pensées hérités du XXe siècle productiviste et fossile, ou pire, de la révolution industrielle. Être lucides, c’est plus que le croire au changement, c’est le pratiquer.

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