Éditorial : On veut des fonctionnaires !

Nicolas Braemer

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Éditorial : On veut des fonctionnaires !

© Adobestock

Notre service public s’effondre et nous le regardons mourir. Pour notre capacité à faire société comme à affronter les risques à venir, il nous faut réagir.

Voilà maintenant un quart de siècle que la fonction publique souffre en France. Depuis qu’une bonne partie de la classe politique française s’est emparée, à des degrés divers, de la vague libérale, venue des États-Unis et d’Angleterre, les fonctionnaires sont devenus des souffre-douleurs. Incompétents, trop bien payés, privilégiés, peu rentables… tout a été dit et fait pour délégitimer l’existence même de la fonction publique dans ce pays. La redoutable tenaille du discours libéral et des coupes a fini par produire ses effets : les services publics français basculent dans le gouffre.

Faire société

Dans les écoles, les hôpitaux, les crèches et les Ehpad, dans les communes et les départements, dans les transports en commun et les centres communaux d’action sociale, dans les centres de loisirs et à l’Office national des forêts… partout la situation est la même : à force de coupes budgétaires, de suppression de postes, de gel des salaires, de carences managériales, de privatisation de la gestion, les personnels publics sont au bout du rouleau. Ils partent, craquent, cèdent… ou tiennent et payent le prix de la souffrance et de la démotivation. L’absence de moyens humains et matériels produit ses effets : nos services publics sont à genoux.

À nous d’exiger avant qu’il ne soit trop tard la juste contribution de chacun à la reconstruction d’un service public qui s’effondre

Le soin, l’enseignement, la recherche, la sécurité, la mobilité collective, l’administration de nos bien communs, la gestion de nos prestations sociales, de nos impôts, de notre justice… Rien ne peut faire société si nous ne sommes pas égaux et dignes grâce à un service public de qualité. Car quand on a abandonné les fonctionnaires, on a aussi abandonné toutes celles et tous ceux qui n’ont pas d’autres moyens que les services publics pour affronter leurs difficultés personnelles comme les crises systémiques.

Abandon

Que celles et ceux qui ricanent devant la demande d’égalité restent sourds aux ravages de la chute du service public pour les territoires, comme ceux qui y habitent, continuent de trouver que les impôts sont un problème, se méfient. Il n’y a pas d’alternative démocratique à un service public de qualité, rendu par des fonctionnaires bien payés, bien formés et bien dirigés. Car l’absence de service public et d’égalité de traitement crée l’abandon, et l’abandon crée le fascisme.

À nous donc, comme société et comme citoyens, de vouloir, d’inventer, d’exiger avant qu’il ne soit trop tard la juste contribution de chacun à la reconstruction d’un service public qui s’effondre. À l’heure d’un besoin croissant de protection, surtout parmi les plus faibles, faisons en sorte que ce service public bénéficie des moyens financiers nécessaires, mais aussi du recrutement, du management, de la formation, des salaires, des carrières, des protections, des exigences, de la qualité, de l’ambition, du contrôle démocratique et de la participation citoyenne, de la démocratie sociale dont il a besoin pour qu’il soit à nouveau un des fondements de notre capacité à vivre ensemble. Comment pourrions-nous, sans cela, affronter les risques d’un monde à venir ?

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