Participation et débat citoyen : Rennes tente le "forum ouvert"

Séverine Cattiaux

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Prendre une centaine de citoyens, les placer dans une salle, lancer un sujet, laisser débattre… Puis récolter des projets qui tiennent la route, quelques heures plus tard. « Un forum ouvert », c’est ça… à quelques détails près. Voici l’exemple rennais.
Pour défricher tous les enjeux d’un plan climat énergie, Rennes aurait pu opter pour la méthode classique : réunions de groupes de travail thématiques (transports, habitat, industrie, etc.). Brendan Catherine, chargé de mission Énergie-Climat au service Environnement Énergie de Rennes métropole, cherche au contraire une méthode d’animation alternative afin de « faire participer un nombre élevé de personnes dans des conditions matérielles resserrées… Idéalement, avec une liberté d’expression totale, pour que ce ne soit pas la collectivité qui impose les sujets » explique-t-il. Ce dispositif existe : il s’appelle « forum ouvert ».Le cabinet Awareness Consulting est contacté pour préparer et animer le forum. Première étape : la question à soumettre. Elle sera : « Quelles initiatives collectives, impactantes et réalistes pouvons-nous imaginer pour réduire drastiquement les émissions de CO2 dans notre ville ? ». « Le comité d’organisation consacrera plusieurs heures pour ciseler la bonne formule » souligne Brendan Catherine. Notons que les termes ont été choisis soigneusement, avec un « nous » collectif, « pour ne pas se retrouver dans un face-à-face entre la collectivité et des habitants qui s’adresseraient à elle, en disant : il faut faire ça ».

Des participants préparés

Qui sont les participants ? Madame et Monsieur Tout le monde ! Enfin, presque… Rennes commence son travail d’approche, dès juin 2009, six mois  avant la date du forum ouvert. On invite les habitants à s’inscrire à un cycle de conférences, où des thèmes liés aux enjeux du climat sont abordés… L’objectif est de distiller du contenu technique et de « faire valider par les personnes intéressées, la méthode du forum ouvert, qui sera présentée ». Bien qu’« ouvert », le forum nécessite une inscription préalable, pour des raisons logistiques (choix du lieu, restauration etc.). Les gens s’engagent sur deux jours, « mais on n’a pas empêché la présence de ceux qui ne pouvaient venir qu’une journée ».
Après deux jours de travail, beaucoup de satisfaction, mais aussi…une envie de connaître la suite.

« Pas d’idées bêtes »

Le jour J, un dossier participant est remis. Une demi-heure d’introduction et de présentation de la méthode, puis les participants installés en cercle sont invités à proposer un sujet sur lequel ils souhaitent discuter. Ils l’annoncent à voix haute au micro, vont l’afficher sur un grand paperboard « place de marché ».Le programme de la journée se construit ainsi « spontanément ». 36 sujets sont proposés. Chaque sujet se voit attribuer une heure et un lieu. L’une des participantes de ce forum, Anaïs Bourry, aujourd’hui chargée de mission à Rennes métropole, étudiante à l’époque, commente : « J’ai beaucoup apprécié la dynamique. J’ai animé un atelier sans même être experte du sujet que j’avais proposé. C’est une méthode où il n’y a pas d’idées « bêtes », à partir du moment où plusieurs personnes se mettent à en discuter ensemble… ». Autre grande souplesse du forum : chaque participant peut prendre part aux sujets qui l’intéressent, sans se sentir obligé de rester toute la durée de l’atelier. Un point de vigilance : « il est bon que les professionnels se répartissent un peu dans tous les ateliers… » note Anaïs Bourry.
Le dispositif demande du temps, et il faut faire appel à des gens qui ont un fort intérêt pour la problématique traité.

Tri, sélection, hiérarchisation…

L’animateur est là pour garantir la méthode, animer les fins de sessions. Dans un chaque groupe, un rapporteur s’autodésigne. À l’issue des échanges, les rapporteurs disposent d’un coin informatique, où ils mettent leurs notes en forme. Les comptes rendus sont ainsi tous compilés en fin de journée. Le lendemain, le recueil de ces échanges, imprimé, est remis à l’ensemble des participants. S’en suit un temps de lecture individuel. Ensuite, gros travail de synthèse dans une ambiance de ruche… Car certains sujets se ressemblent assez pour fusionner, être reformulés. De 36 sujets, on passe à 16.Nouvelle étape : le vote pour hiérarchiser les restants. Chaque participant vient poser des gommettes (par exemple) sur un paperboard, en face des sujets. Au final, à Rennes, cinq thèmes retenus : « former toute la population aux enjeux du changements climatique » (94 points), « se déplacer autrement » (86), « impact de notre nourriture » (68), « habitat économe en énergie » (64), « comment connaître, comprendre et analyser ses consommations énergétiques » (58)… Anaïs Bourry reconnaît : « Il y a parfois un peu de frustration le deuxième jour… Je m’étais ainsi impliquée dans un sujet qui n’avait pas été retenu le lendemain. Mais il faut bien opérer une sélection ! ».

Ce forum n’a pas été vain, mais…

La dernière phase de la deuxième journée consiste à proposer un plan d’action pour les sujets retenus. « Dans cette deuxième phase, on se heurte à toute la complexité des sujets » prévient Brendan Catherine. Il faut revenir les pieds sur terre et se demander « concrètement, comment on s’y colle ». Dans chaque groupe, un animateur, un rapporteur qui, en fin de séance, rédige son rapport suivant un plan commun : intention/quand/comment/plan d’actions.À la fin, beaucoup de satisfaction, mais aussi… une envie de connaître la suite. Les propositions ont largement alimenté un livre blanc réalisé par des étudiants qui ont suivi toute la démarche, lequel a alimenté le plan climat énergie, quelques mois plus tard. Si ce forum n’a pas été vain, loin de là, il a pu laisser un goût d’inachevé chez certains participants. « Il y a eu pas mal de petites idées, qu’on aurait pu imaginer concrétiser rapidement… » suggère Anaïs Bourry. En dehors même de l’objectif de l’écriture du livre blanc…

Si c’était à refaire, referiez-vous un « forum ouvert » ?

Brendan Catherine, organisateur du forum « La méthode permet une expression variée, que la collectivité ne canalise pas » « Oui je le referais, j’ai d’ailleurs refait quatre forums ouverts depuis… La méthode a permis une expression riche, variée, pas du tout canalisée par la collectivité, dans un temps court. Je me suis rendu compte que c’était aussi « un moment à vivre ». Les participants s’en souviennent encore très bien, surtout que nous étions dans les Halles Martenot en décembre. Il faisait froid, même si les halles étaient chauffées… C’est une méthode qui permet des croisements qui se font peu dans des réunions publiques, où souvent on a des experts qui monopolisent un peu la parole. Ici discutent ensemble un habitant avec un chef d’entreprise, un responsable de bailleur social, un membre d’une association… »

 Frédéric Bourcier, adjoint à Rennes, délégué à la solidarité et à la cohésion sociale, participant au forum « Une vraie progression collective » « J’avais plutôt apprécié ce moment-là. Dans ce cas précis : un sujet large, neuf, des objectifs poursuivis mais tout à construire, le process était intéressant. Car la difficulté, quand on veut faire de la participation, est d’être dans une vraie progression collective, qui, ici, a été possible… Quant à utiliser le forum ouvert plus souvent ? Le dispositif a des limites : il est assez exigeant, il faut du temps, et il faut faire appel à des gens qui ont un fort intérêt pour la problématique traitée. Enfin, il faut qu’il y ait aussi une espèce d’accord général sur la problématique. Si vous vous retrouvez avec un antagonisme fort, on ne peut pas avancer aussi bien… »

Mickael Drouard, animateur du forum ouvert de 2009, consultant à Yuman. « Il y a aussi d’autres méthodes » « Le forum ouvert nous a semblé la meilleure méthode, ce jour-là dans ce contexte. Il s’agissait de consulter un écosystème qui présente des liens d’intérêts, et où les gens ont de l’énergie pour ce thème… Le forum ouvert, c’est un peu comme « un art martial », qui doit se pratiquer suivant une éthique, que maîtrisent les professionnels… Maintenant, des méthodes, il y en a d’autres, on en crée de nouvelles, on peut les mélanger entre elles… Elles répondent bien sûr toutes à quelques principes directeurs. Une chose évidente: le domaine de la facilitation, du collaboratif, de l’intelligence collective est aujourd’hui en plein boom. »

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