Pauvreté : la reconnaître et la diminuer

Julien Damon

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Pauvreté : la reconnaître et la diminuer

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On n’a certainement pas tout tenté contre la pauvreté. Mais plutôt que de tout vouloir défaire, comme le proposent ceux qui instruisent le procès en assistanat, ou d’imaginer des solutions proprement révolutionnaires, comme ceux qui envisagent un revenu universel, on peut déjà améliorer les instruments existants.

Quand Denis Clerc (le fondateur du magazine Alternatives économiques) et son complice Michel Dollé prennent la plume, c’est pour un portrait clair et ajusté des définitions et évolutions de la pauvreté. C’est, surtout, pour des propositions, documentées et réalistes, versées au débat public.

Connaissance et volonté

Très bons connaisseurs de la question, les deux auteurs rappellent les grandes options philosophiques et économiques (mais c’est toujours un peu la même chose) qui traitent de pauvreté, passée de la justice pénale à la justice sociale. À un Hayek libéral rigoureux pourfendeur de la justice sociale, ils opposent Thomas d’Aquin et Saint-Ambroise. Ils relatent les racines, chez Condorcet et chez Paine, des assurances sociales, des retraites et des minima sociaux. Surtout, ils mettent en avant la complémentarité et l’utilité opérationnelle d’un trio de penseurs contemporains dont les travaux fondent, ensemble, une approche sociale-démocrate ouverte et combative : Rawls, Sen, Honneth.

La réduction de la pauvreté se comprend à la fois comme un investissement social, une forme de bien commun et une exigence de justice sociale.

La priorité au plus mal loti, la nécessité d’offrir la possibilité de réaliser ses capacités, l’importance de considérer le regard des autres. Clerc et Dollé ajoutent des références à Adam Smith, Ricardo et Warren Buffett, dans un état des lieux intellectuel qui permet d’aller bien au-delà des considérations, nécessaires, sur la pauvreté monétaire ou en conditions de vie. Concrètement, prosaïquement, avec un État providence dense (les dépenses sociales représentent 33 % du PIB), la France se distingue par un taux de pauvreté relativement élevé en Europe (autour de 15 % de la population, selon l’approche la plus commune) affectant particulièrement les enfants et adolescents (un niveau supérieur à 20 %). D’où l’importance d’agir. Car la réduction de la pauvreté se comprend à la fois comme un investissement social, une forme de bien commun et une exigence de justice sociale.

Recommandations argumentées

Ne pas dépenser forcément plus, mais dépenser nécessairement mieux. Des dépenses socio-fiscales sont ainsi à revoir. De la sorte, réserver les déductions fiscales, dans le secteur des services aux personnes, non plus aux particuliers employeurs, mais à des organismes agréés structurant le marché, doit autoriser une amélioration de la situation des travailleurs pauvres très présents dans ce domaine. Ne plus passer par des nuits d’hôtel inutilement coûteuses, mais par des centres et logements de qualité pour les sans-abri, doit permettre de mieux accueillir et mieux affecter l’aide sociale.

Réduire la pauvreté, ce n’est pas abaisser les pauvres ; c’est atténuer, justement, leurs difficultés.

Mais il faut aussi aider les gens. En ce sens, revaloriser le RSA (en en supprimant le forfait logement, en augmentant les majorations par enfant) s’impose. Maîtrisant la technique des prestations comme les rouages des administrations, aussi bien sur les questions d’emploi (et les problèmes de pauvreté laborieuse) que de garde d’enfant (et les problèmes de pauvreté héritée), l’ouvrage fera mouche. Avec une thèse forte. Réduire la pauvreté, ce n’est pas abaisser les pauvres ; c’est atténuer, justement, leurs difficultés.

EXTRAITS
• « Chez nous, nous étions pauvres, mais nous n’étions pas des pauvres. » Jules Romain

• « Je suis profondément convaincu que tout système régulier, permanent, administratif dont le but sera de pourvoir aux besoins du pauvre fera naître plus de misères qu’il n’en peut guérir, dépravera la population qu’il veut secourir. » Alexis de Tocqueville

• « S’il est possible de réduire la pauvreté, la société qui parviendra à l’éradiquer n’est pas encore inventée et ne le sera sans doute jamais. » Denis Clerc et Michel Dollé.

Denis Clerc, Michel Dollé, Réduire la pauvreté. Un défi à notre portée, Paris, Les Petits Matins, 2016, 192 pages, 14 euros.

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