Plan national vélo : les clés du succès

Stéphane Menu
Plan national vélo : les clés du succès

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© KALISTE A - fotolia

Alors que le gouvernement avait annoncé un Plan national vélo à petits braquets, les villes les plus volontaristes continuent à croire que le recours au vélo est un remède anticrise face à la flambée des prix de l'essence. Il suffit de s'en donner les moyens urbanistiques...

Au dernier moment, il a décidé de ne pas se rendre à la présentation du Plan national vélo du gouvernement. Pourtant, Jean-Marie Darmian, amaire PS de Créon (Gironde), président du Club des villes et territoires cyclables, avait payé de sa personne en participant activement au groupe de travail réuni autour de Philippe Goujon, député-maire UMP du 15e arrondissement de Paris. Ce groupe a planché plusieurs semaines pour finaliser un Plan national vélo destiné à développer l'usage du vélo en France. Mais, pour Jean-Marie Darmian, l'absence d'une mesure emblématique, l'intégration d'une indemnité kilométrique pour les déplacements vélo-travail (0,21 euros au kilomètre remboursé aux salariés cyclistes par les entreprises), réduit ce plan à presque rien.

Cette problématique des déplacements « pèse économiquement et moralement sur les Français », dit-il pour justifier sa bouderie. « Des mesures similaires existent en Grande-Bretagne ou en Belgique. En France, cela fait des années qu'on les réclame mais rien ne bouge, nous en avons assez d'attendre, et nous voulions ramener le sujet au-devant de la scène », dit-il. À un moment où le vélo est annoncé comme un remède anticrise face à la flambée de l'essence, Jean-Marie Darmian estime qu'un rendez-vous important a été manqué. Le ministre des Transports n'a pourtant pas enterré l'indemnité kilométrique, assurant que la mesure doit être « évaluée », tout comme les exonérations fiscales pour les entreprises qui mettraient à disposition des vélos pour les salariés.

Dans un contexte de contraintes des finances publiques, le gouvernement a retenu des mesures qui ne coûteraient pas trop cher, comme le développement de l'intermodalité entre vélo et transports collectifs.

Un plan « sans souffle politique »

Sur la route, le principe du « tourne à droite » sera progressivement instauré. Cette mesure est déjà mise en œuvre à Strasbourg ou à Nantes et doit permettre aux cyclistes de tourner à droite lorsque le feu est rouge, en laissant la priorité aux piétons et sans faire obstacle à la circulation transversale. Un décret de novembre 2010 avait approuvé la mesure mais le panneau, jaune et muni d'une flèche à droite, n'a pas été encore homologué. Plusieurs élus locaux demandent sa généralisation rapide.

Jean-Marie Darmian juge sévèrement un plan « sans souffle politique » qui ne serait qu'une « compilation » de mesures déjà existantes. La Fédération française des usagers de la bicyclette (Fubicy) est plus nuancée : « Au niveau national, c'est la première fois que le mot « vélo » est prononcé et c'est déjà une révolution », assure sa présidente, Geneviève Laferrère. Ce n'est cependant pas à ce rythme-là que les Français rattraperont leur retard en matière de déplacements en vélo : chaque année, en moyenne, nos concitoyens pédalent 87 kilomètres contre 800 à 1 000 pour les Danois ou les Hollandais. Strasbourg, capitale du vélo français, recense 9 % de déplacements en vélo sur le territoire de la communauté urbaine ; Copenhague est loin devant avec 30 % !

La pratique du vélo a un peu progressé en France en 2011, avec 4 % des déplacements quotidiens contre 3,8 % en 2010. Strasbourg devance donc Bordeaux (un peu plus de 6 % des déplacements), Paris et Lyon (entre 5 et 6 %). « 50 % des déplacements en France font moins de 2 kilomètres », rappelle Jean-Marie Darmian, qui réfute l'argument d'un déplacement en vélo plus difficile qu'avec d'autres moyens de locomotion. Et il se réjouit de l'apport grandissant des collectivités pour favoriser le désir de vélo. Ainsi, les vélos à assistance électrique (VAE), qui permettent d'avaler les côtes ardues, ont connu une hausse des ventes de 19 % en 2010, largement favorisée par le coup de pouce des collectivités dont les aides peuvent aller de 150 à 500 euros.

 Les mesures retenues ne coûteront pas trop cher, comme l’intermodalité entre vélo et transports collectifs.

Strasbourg et ses 560 kilomètres de voies cyclables

Encore faut-il que les déplacements urbains ne s'apparentent pas à un slalom risqué entre des voitures au comportement civique limite. La communauté urbaine de Strasbourg a donc fait ce choix. « L'usage du vélo a reculé en France dans les années cinquante. En 1992, Strasbourg a adopté un plan vélo qui lui permet aujourd'hui d'être en avance sur les autres grandes villes. 8 % des déplacements se font en vélo sur le territoire communautaire mais 12 % à Strasbourg, voire 25 % dans le seul centre-ville », assure Alain Junde, conseiller communautaire en charge des déplacements cyclables.

Faut-il y voir la marque d'une manière de vivre rhénane, supposément moins anarchique que dans le sud de la France ou de l'Europe ? Que nenni... « À Mulhouse, seuls 1 % des déplacements se font à vélo, 2 % à Metz. Il n'y a donc pas de prédisposition culturelle à la mise en place d'une politique vélo, juste de la volonté politique ». Strasbourg a fait le choix de la location de vélos sur le long terme plutôt que d'une mise à disposition, comme à Paris ou Lille. « Nous offrons aussi cette possibilité depuis 2010. Mais en complément, à destination des étudiants ou des touristes, des résidents de passage ».

Les raisons de la réussite strasbourgeoise se situent donc ailleurs. D'abord, les 560 kilomètres d'aménagement cyclable sur tout le territoire communautaire, avec notamment des réseaux express de dix kilomètres au-delà du centre-ville qui permettent aux plus courageux de longs déplacements sécurisés. 130 nouveaux kilomètres sont programmés jusqu'en 2025. Autre paramètre indispensable : le stationnement. 20 000 arceaux sécurisés sont mis à disposition des cyclistes, 2 500 à 3 000 arceaux nouveaux sont créés chaque année. La communauté urbaine impose par ailleurs des places de stationnement obligatoires pour les vélos dans les parkings publics et privés. Enfin, un parking payant de 1 000 places a été construit à la gare pour favoriser l'intermodalité et les dix autres gares TER autour de Strasbourg sont dotées de places sécurisées.

 Ce n’est pas à ce rythme là que les Français rattraperont leur retard en déplacements à vélo.

+ 43 % de déplacements en vélo dans l'agglo grenobloise

Grenoble Alpes Métropole a aussi joué la carte de la location longue durée de vélos. « Ce sont des abonnements de 6 mois à un an qui coûtent 100 euros. Beaucoup de personnes se refusent à acheter leur propre vélo, parce qu'il peut être volé. Nous avons mis en place un système de caution - 50 euros en cas de vol - mais cette caution peut sauter si la personne n'est pas responsable. Nous déplorons 15 vols par an sur 2 000 vélos en location. C'est donc une inquiétude en moins », assure Olivier Faure, chargé d'études modes doux et aménagements à la direction de la mobilité et des transports.

En cas de crevaison, le locataire peut se rendre dans un des divers centres techniques pour une réparation... gratuite. « L'avantage de la location sur le long terme est le moindre coût du vélo : 500 euros par an pour une collectivité contre 2 000 euros dans le libre-service parisien ou lyonnais, mis en œuvre par les gestionnaires de mobilier urbain, de type JCDecaux ou Clear Channel ». Tous les huit ans, l'agglo grenobloise réalise une enquête ménages très poussée sur les déplacements. Les derniers résultats sont parlants : entre 2002 et 2010, les déplacements en vélo ont fait une poussée de 43 %, les transports en commun de 13 % et la part de la voiture a décru, passant de 53 % à 47 %.

JCDecaux trop gourmand à Aix-en-Provence
Dans d'autres communes, le vélo recule. Aix-en-Provence, ville étudiante des Bouches-du-Rhône, avait pourtant le profil pour séduire les jeunes. Mais V'hello, le système mis en service, est un bide : en 4 ans, 143 abonnés pour 200 vélos disponibles et une ardoise trop lourde : 650 000 euros par an ! « Un cas particulier », assure-t-on chez JCDecaux, qui gère les vélos en libre-service dans une quinzaine de communes françaises, la contribution financière de la mairie étant plus importante du fait de l'insuffisance de panneaux publicitaires à disposition ((L'entreprise finance le dispositif et récupère l'investissement des panneaux publicitaires mis à disposition gratuitement par la mairie que JCDecaux gère à sa guise.)). Avec l'argent économisé, la mairie envisage de créer des pistes cyclables et de multiplier les box pour ranger les vélos.

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