Pollution atmosphérique à Paris : quelle supercherie !

Nicolas Braemer
 Pollution atmosphérique à Paris : quelle supercherie !

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© Sergiy Serdyuk

Fin mars, nous avons assisté à une belle empoignade entre Anne Hidalgo et Ségolène Royal à propos de la sévère période de pollution sur l’Ile-de-France. Cet épisode serait cocasse s’il n’était riche d’enseignements sur le cynisme de l’État en matière de transition énergétique et de protection de l’environnement.

Voilà donc la maire de la plus grande ville de France qui réclame, pour lutter contre un épisode inédit de pollution atmosphérique, que l’État veuille bien décider de la circulation alternée quelques jours durant, afin de ne pas aggraver la situation. Et voilà une ministre de la République, qui répond en substance : « Non, vous êtes dans l’agitation politique, et ne venez pas réclamer des mesures quand par ailleurs, en matière d’environnement, vous parlez beaucoup et ne faites pas grand-chose ».

Quelle supercherie ! Comment accepter ces leçons de morale alors que la situation actuelle est due à des décennies de lâcheté gouvernementale, coupable de la prolifération de véhicules ultrapolluants (rappelons qu’en France, circulent 19 millions de véhicules diesel d’avant 2000, soit 27 % du parc). L’État, cédant aux lobbies pétroliers et automobiles, est responsable d’un vrai scandale sanitaire au coût faramineux, financier comme en vies humaines : la pollution aux particules fines en France fait chaque année plus de 40 000 décès prématurés qui, si on les ajoute aux hospitalisations, bronchites chroniques, journées d’activité restreinte… coûtent 20 à 30 milliards d’euros par an.

L’État, cédant aux lobbies pétroliers et automobiles, est responsable d’un vrai scandale sanitaire au coût faramineux.

Le mépris affiché par Ségolène Royal envers la maire de Paris laisse penser que l’action locale pour l’environnement n’est qu’une vaine agitation quand l’État, lui seul, peut agir vraiment. C’est une supercherie. Car les élus locaux jouent (ou devraient jouer) une place essentielle dans la protection de l’environnement. On connaît l’efficacité directe et indirecte des politiques locales de mobilité durable sur la pollution atmosphérique : réduction de la vitesse à 30 km/h, promotion du vélo ou du covoiturage, restrictions de circulation des véhicules polluants (que pratiquent plus de 200 villes en Europe).

Quand elles sont menées, ces politiques apportent des résultats, c’est un fait. Bien sûr, l’État doit encore contraindre des élus locaux, dont beaucoup devraient encore faire leur révolution culturelle. On sait les ravages causés par le clientélisme local en matière d’étalement urbain. Et que dire de ce qui serait arrivé à nos côtes sans la politique de protection du littoral ? Que dire aussi de la complaisance coupable (en la matière, État et élus locaux se rejoignent) envers la pollution causée par les exploitations agricoles ? Mais il y a des élus locaux responsables, convaincus et agissants. C’est ceux-là que l’État devrait aider et prendre en exemple, au lieu de leur taper dessus.

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