Pourquoi nous sommes tous des "petits chefs"… Ou pas

François-Xavier Nerden

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© ra2 studio

Les petits chefs nous entourent et peuvent pourrir notre univers professionnel. Mais ils peuvent se reconnaître de loin... ou de très près.

On peut sans grand risque d'erreur, qualifier tout Français moyen de plus de 40 ans de « Monsieur le président » : président de séance, président du Rotary, président d'association de parents d'élèves, président des pêcheurs à la ligne ou président de la communauté de communes...

Les vrais chefs sont rares, les petits pullulent

Il est vrai que chacun d'entre nous a été et sera quelque part et quelque temps « chef » de quelque chose : chef de section, chef de classe, chef de projet, chef de service, chef de bureau, chef de gare, chef de musique ou chef de famille.
Le mot chef est parfois mal perçu. On le remplace par dirigeant, animateur, délégué, responsable, manager ou directeur. Mais une réalité demeure : il y a pléthore de chefs, mais cependant peu de chefs authentiques, qui renvoient les succès à l'équipe et assurent la responsabilité de l'échec, visionnaires ouverts et attentifs aux évolutions...

Il est en revanche une espèce qui pullule, c'est celle des « petits chefs ». Ils ont tous les âges, toutes les tailles et tous les sexes, mais un signe particulier les caractérise : ils aiment faire sentir leur autorité.

Il y a pléthore de chefs, mais cependant peu de chefs authentiques.

On en trouve beaucoup dans les familles où ils exercent leur autorité à l'abri des regards dans le huis clos du logis. Mais c'est surtout dans les entreprises et les bureaux que sévissent les « petits chefs ». Extra-souples avec leurs supérieurs, adroits avec leurs égaux, ils sont rigides et tatillons avec leurs subordonnés. Ils ne disent jamais bonjour les premiers. Ils attendent qu'on vienne les saluer. Ils estiment tout compliment mérité et tirent un délicat plaisir à faire le maximum de remarques à ceux qu'ils considèrent comme leurs sous-ordres.

Ils veulent être au courant de tout. Ils « pondent » des circulaires avec délectation, accordent des permissions avec clémence et signent des bons avec minutie. Ils distribuent le travail et organisent les tâches dans les moindres détails. Eux seuls savent faire. Ce serait déchoir et peut-être risqué pour les petits chefs que d'associer les gens, de discuter des situations, de négocier des compromis.

Ils font de la rétention d'information. Elle est une douce illusion de pouvoir, à l'heure d'internet, mais peut donner une longueur d'avance à celui qui la détient. Ceux qui ne savent pas vont se tromper, se fourvoyer. Pas les petits chefs, qui auront l'occasion de faire les importants. Ils sont les « chefs ».

Chefs et insignifiants

Et d'autant plus chefs qu'ils sont insignifiants. D'autant plus jaloux de leur pouvoir qu'ils sont conscients de leur médiocrité. De construction trop fragile, ils n'ont jamais eu les qualités suffisantes pour être naturellement estimés et cela les contraint à maintenir les gens dans la dépendance et à s'entourer de plus faibles qu'eux.

Ayant perdu confiance en eux, les collaborateurs dominés par les petits chefs restent frileux, renoncent à s'investir. Les petits chefs usent de la peur comme levier de management et encouragent la servilité. Équipes et institutions en pâtissent. Les petits chefs sont nuisibles.

Les petits chefs usent de la peur comme levier de management et encouragent la servilité.

Les petits chefs évidemment, ce sont les autres. Mais qui n'a jamais perçu, un jour ou l'autre, dans le regard de son conjoint, de ses enfants ou de ses collaborateurs ou collègues, cette lueur amusée qui ramène le petit chef à l'humour naissant et à la modestie ?

Un critère, en tout cas, permet de vérifier si l'on n'est pas devenu un petit chef : la volonté d'encourager autour de soi l'initiative, la responsabilité et l'autonomie.

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