Sommes-nous vraiment capables de changer ?

Emilie Agnoux

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Sommes-nous vraiment capables de changer ?

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Les organisations publiques peinent souvent à faire autre chose que faire semblant d'évoluer. Et quand ça bouge, le progrès est souvent absent de ces mouvements. Alors, quand arrêterons nous de nous raconter des histoires sur notre capacité à changer ?

Pourquoi une bonne partie des grandes transformations de notre monde d’aujourd’hui est essentiellement portée par des acteurs privés ?

Il en va de nos administrations comme du système politique. Sans parler de la contraction des moyens, à tous les niveaux de nos organisations publiques, notre action semble de manière croissante se cantonner aux marges, au non-essentiel, à la gestion des affaires courantes. Nous « manageons » les petits problèmes du quotidien, nous multiplions les tableaux de bord et indicateurs, nous nous surmobilisons sur de l’anecdotique, nous concentrons la moindre résolution de problèmes au plus haut niveau…

« Les modalités d’association des agents comme des citoyens se limitent le plus souvent à de la participation symbolique »

La fatalité de la modernisation

L’objectif de progrès a cédé la place à la « modernisation » et « l’innovation », sans remettre en cause les logiciels de pensée et d’action existants. Tout se passe comme si nous avions intellectuellement et psychologiquement intégré une forme de fatalité, qui nous paralyse et nous pousse à alimenter l’illusion du mouvement.

Les agents comme les « usagers » des services publics réagissent différemment, selon le célèbre triptyque d’Albert Hirschman : « exit, voice, loyalty », c’est-à-dire la sortie de l’institution ou le non-recours aux services, l’interpellation et l’acceptation, quand ce n’est pas carrément de la résignation. Les modalités d’association des agents comme des citoyens se limitent le plus souvent à de la participation symbolique, et nous peinons encore à faire émerger un nouveau paradigme de l’action publique qui répondrait aux besoins réels dans sa forme comme dans son contenu et activerait le pouvoir d’agir de chacune et de chacun.

La convention citoyenne pour le climat a démontré notre capacité à envisager de concert un changement radical

Bâtir une véritable expérience collective

Les raisons peuvent être multiples : manque de courage, de savoir-faire, d’écoute réelle et de discussion, intériorisation des contraintes, difficulté à se projeter dans l’avenir, à extrapoler et anticiper les conséquences de ses décisions, à se départir de ses croyances et conditionnements, déni du réel…

Pourtant, l’exercice mené par la convention citoyenne pour le climat a démontré notre capacité à envisager de concert un changement radical dans nos manières d’être au monde et d’interagir, à condition de bâtir une véritable expérience collective de coconstruction fondée notamment sur la rationalité, la coresponsabilité et des repères partagés. Elle a aussi révélé la difficulté d’un tel exercice à trouver sa place dans notre système institutionnel et politique actuel.

Face à l’atomisation du corps social et à l’égocentrisme ambiants, il devient urgent de renouer avec des expériences communes et de proposer une nouvelle narration, préambule à une histoire vécue partagée inscrite dans l’essentiel, la durabilité et la sobriété.

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