Quand Rémi rencontre la DCRI...

La Rédaction

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On est ici plus proche du nanard d'espionnage que de la comédie romantique new-yorkaise. Il y a une quinzaine de jours, Rémi Mathis, président de Wikimedia France, a fait l'objet d'une procédure surprenante de la part de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, ex-Renseignements généraux). Objet du "délit" : une page sur la Wikipedia française consacrée à une station militaire, en ligne depuis plusieurs années, dont le contenu a subitement semblé porter atteinte à la sûreté de l'Etat.

Sommé de supprimer cette page comprenant des informations qui serait classées secret-défense - la Wikimedia Foundation en attend toujours la preuve... -, alors même qu'il n'en a pas le pouvoir, Rémi Mathis s'est finalement exécuté sous la menace, douteuse, d'une garde à vue et d'une mise en examen. Je vous passe les détails de l'affaire, sur laquelle Wikimedia France s'est exprimé dans un communiqué expliquant pour mémoire le fonctionnement de l'encyclopédie collaborative (lire aussi l'article synthétique de Pierre-Carl Langlais, "La DCRI censure une page de Wikipédia : succès assuré", sur Hotel Wikipedia). Je signale juste que le ridicule dans cet affaire, au-delà de l'effet Streisand, est que les informations soit disant classifiées présentes dans la notice Wikipedia émanent de l'armée elle-même et sont même toujours librement visionnables sur le site d'une télévision locale...

Ce qu'il faut retenir de cette affaire est inquiétant à trois titres pour nos institutions : elle révèle, tout d'abord, l'incompétence numérique - d'une partie minoritaire, espérons-le - des services de l'Etat censés nous protéger des menaces les plus graves. Ensuite, elle met en lumière un intolérable sentiment de toute puissance dans les rang de ces services qui n'hésitent pas à employer des méthodes bordeline, voire illégale, pour arriver à leurs fins. Enfin, elle nous montre qu'on est loin d'en avoir fini avec la volonté de censurer le Net et que la lutte contre toute tentative d'atteinte à sa neutralité doit faire l'objet d'une vigilance de tous les instants.

A lire également :

- Les députés font leur travail et demandent des comptes : "DCRI / Wikipedia : Manuel Valls prié de s'expliquer par Christian Paul", Guillaume Champeau, Numerama.

- Une telle méconnaissance du fonctionnement du Net et du droit applicable est franchement inquiétant de la part d'un syndicat de gradés de la Police... Interview édifiante accordée à Guerric Poncet du Point : "Un syndicat de police évoque le filtrage de Wikipédia".

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