À lire: faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Julien Damon

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À lire: faut-il quitter les réseaux sociaux ?

© Adobestock

Accusés de toutes les calamités, les réseaux sociaux contribuent à la polarisation accrue des sociétés. S’ils sont loin d’être entièrement responsables, certains, dont l’essayiste Jaron Lanier, proposent de les déserter.

Jaron Lanier est un drôle d’oiseau. Prophète et gourou de la Silicon Valley, musicien et essayiste aux cheveux longs, il est connu pour avoir dénoncé ce qu’il appelle le « maoïsme digital » et le « collectivisme en ligne » (c’est-à-dire la captation de données gratuites par les géants du Net). Sa thèse globale est celle d’une révolution numérique qui profite d’abord à l’élite et aux grandes compagnies, conduisant à une polarisation sociale croissante et au rétrécissement des classes moyennes. Celles-ci brûlent leurs comptes en banque et leur avenir en cédant gratuitement leurs données. Pour l’auteur, il faut que chacun puisse être rémunéré, par micropaiements, pour ses données. Avec ses analyses peu banales, ponctuées d’interludes et de digressions, il se montre avant tout sceptique sur les conséquences de ce qu’il a lui-même un temps valorisé : le futur positif d’une vie numérique et supposée aussi ouverte que gratuite.

Les réseaux sociaux, comme la plupart des outils numériques, pillent nos données, notre temps et notre intelligence

Il faut abandonner les réseaux sociaux

Jaron Lanier s’en prend frontalement aux réseaux sociaux. Ceux-ci produisent abrutissement et abêtissement, désinformation et rigidification idéologique. L’ensemble se déroule dans un contexte de dépendance algorithmique et de propagande numérique, débouchant sur un tribalisme violent. Voici quelques-unes des critiques adressées à Twitter, Facebook, TikTok et compagnie. La démocratie pâtirait grandement de leur influence. Il faut dire qu’ils constitueraient désormais la première source d’information chez les moins de 30 ans.

Se conduire vraiment comme défenseur de la relation humanisée et des libertés publiques n’est pas donné à tout le monde

L’auteur plaide résolument pour la fermeture des comptes. Dans son essai, récemment traduit, il dénonce la place excessive prise par ces réseaux dans nos vies. Il considère que ces instruments, comme la plupart des outils numériques, pillent nos données, notre temps et notre intelligence.

Extraits

« Quitter les réseaux sociaux est un acte de résistance par rapport à la folie de notre époque. »
« Les réseaux sociaux portent atteinte à votre dignité économique. »
« Je vais vous expliquer que, de plus en plus, vous ressemblez à des chiens bien dressés. »

Une solution drastique

Après les époques de la découverte gourmande puis celles de l’addiction problématique, il faut passer à une solution drastique : la fermeture. Jaron Lanier avance dix bonnes raisons. Certaines apparaissent bien valables, même s’il faut certainement les pondérer. Avec les réseaux sociaux, nous affaiblissons notre libre arbitre en nous laissant balader entre les actualités et les publicités. Nous restons hébétés par les insanités de l’époque. Ces réseaux dits sociaux, et les entreprises qui les organisent, nous manipulent et nous rendent malheureux, ou au moins contribuent plus à notre malheur qu’à notre bonheur. Dangereux pour nos esprits, ils le sont pour la démocratie. Bref, il faut se débarrasser de cette accoutumance dangereuse et généralisée.

La solution n’est pas aisée. Se conduire vraiment comme défenseur de la relation humanisée et des libertés publiques n’est pas donné à tout le monde. Quelques personnalités peuvent se le permettre. D’autres ont besoin de ces réseaux, non pas uniquement pour exister, mais vraiment pour communiquer et pour commercer. Aussi, s’il faut certainement de la discipline, la bonne résolution relève probablement plus de la tempérance que de la totale abstinence.

Jaron Lanier, « Stop aux réseaux sociaux ! 10 bonnes raisons de s’en méfier et de s’en libérer », De Boeck supérieur, 2021, 167 pages, 14,90 euros.

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