Redonner un sens à la préservation des terres agricoles

Adir
Redonner un sens à la préservation des terres agricoles

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L’artificialisation des sols est irréversible. Elle doit donc être enrayée car le béton n’est pas comestible. Tel est le sens de l’intervention d’Emmanuel Vandame, vice-président du Gab IdF : « C’est facile d’urbaniser, mais l’agriculture, c’est important, pour vous, pour vos enfants ». Si ce constat est de plus en plus partagé, il s’accompagne de trois exigences : relocaliser l’alimentation, développer la qualité des produits et éviter les pollutions agricoles.

« Je suis agriculteur sur le plateau de Saclay. Comme à Moissy-Cramayel, il reste peu de champs autour du béton. Si on voulait rester, on ne pouvait plus continuer à produire du blé et du colza qui allait augmenter les stocks mondiaux ». Ainsi témoigne Emmanuel Vandame, céréalier bio à Villiers-le-Bâcle (91), qui a envisagé la conversion de sa ferme et la valorisation de ses produits en circuits de proximité pour acquérir une légitimité auprès des élus et de la population du territoire. « On s’est dit que si on produisait du blé et du pain qu’on vendrait sur notre territoire, on serait perçus différemment. »

Un parcours de conversion en lien avec la ville

« Mais l’agriculteur, lorsqu’il va vers le bio, doit réinventer son métier. Cela ne se fait pas d’un claquement de doigts », poursuit-il. D’autant que l’enseignement agricole a longtemps formé les agriculteurs dans une idéologie productiviste. « L’agriculture biologique, ça n’était pas possible ». De plus, pendant la phase de conversion (deux à trois ans), l’agriculteur cultive ou élève ses animaux en bio mais n’a pas le droit d’apposer le label AB sur ses produits.

Cette phase est difficile pour l’agriculteur car les rendements baissent drastiquement sans que les prix n’augmentent et ne compensent la perte économique. Actuellement, cette période de conversion est accompagnée financièrement d’une aide de la PAC calculée, selon le type de culture, par hectare et par an sur une période de 5 ans.

La phase de conversion (2 à 3 ans) est difficile pour l'agriculteur car les rendements baissent drastiquement sans que les prix n'augmentent

« Nous avons donc fait cela progressivement pour avoir la certification de toute la ferme, en 2017, reprend Emmanuel Vandame. Ma plus grande satisfaction est de ne plus monter sur le pulvérisateur. Ça, c’est un vrai bonheur. Aujourd’hui, nous proposons du pain bio au levain, dans un four à bois, livré le lendemain aux collectivités, tranché. Au début, à Saclay, les dames de la cantine disaient : « C’est une catastrophe, on jette tout. » On est intervenu très vite dans les classes, on a fait des visites de la ferme, on a fait goûter le pain aux enfants et ils l’ont trouvé très bon ! Il faut leur expliquer pourquoi on change leur alimentation ».

Car produire, c’est nourrir, et cette maxime prend tout son sens quand l’agriculture biologique est valorisée dans les assiettes des enfants du territoire.

À savoir

Comment agir sur la protection de l’eau grâce à l’agriculture biologique ?

• Le territoire pertinent est le plus souvent l’aire d’alimentation du (des) captage(s).
• Le contrat de captage doit être porté par le maître d’ouvrage ou par un regroupement de maîtres d’ouvrage.
• Se rapprocher de l’agence de l’eau qui apporte un appui technique et financier pour la mise en œuvre des actions.
• Réaliser un diagnostic territorial des potentialités de développement de l’agriculture biologique afin d’identifier les freins et leviers locaux (outil « grille d’analyse des territoires » développé par la Fnab).
• Définir un programme d’actions englobant la sensibilisation des agriculteurs, l’accompagnement aux projets d’installation, de conversion et de transmission, ainsi que l’identification des filières de commercialisation.
• S’appuyer sur les agriculteurs biologiques du territoire ou des alentours.

Le contrat de captage, un outil de développement de l’agriculture biologique

Ce témoignage illustre bien la réalité des agriculteurs, les contraintes et les motivations d’une conversion vers l’agriculture biologique. Les collectivités doivent les prendre en compte quand elles envisagent un projet de sensibilisation pour prévenir les pollutions agricoles. Car la préservation de la qualité de l’eau est une responsabilité qui incombe aux élus locaux. Trop de captages d’eau potable sont abandonnés à cause de la pollution par les nitrates et pesticides. C’est pourquoi les agences de l’eau proposent des contrats de captage.

Le contrat de captage a permis de financer la réalisation de diagnostics, l’accompagnement, des conseils techniques et l’information ou la sensibilisation

« C’est un outil à l’initiative du propriétaire du captage, la collectivité, qui est lié à une aire d’alimentation, explique François Birmant, responsable des actions préventives pour l’association Aquibrie. Cela commence par un diagnostic des pressions, puis un examen des pratiques qui engendrent des pollutions, puis la proposition d’un plan d’actions. À Nangis, cela a pris quatre ans jusqu’à la contractualisation au 1er janvier 2016 ».

Le contrat a permis de financer plusieurs actions, notamment la réalisation de diagnostics, l’accompagnement, des conseils techniques, l’information ou la sensibilisation, pour trois cibles : les collectivités, les gestionnaires de transports et les agriculteurs…

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« Accompagner le changement de pratique »

« Nous avons commencé à travailler avec la commune de Nangis (77) pour protéger la ressource en eau de ses captages en 2005. C’est une zone de grandes cultures, céréales et betteraves, avec de bons rendements. Nous accompagnons un groupe de 150 agriculteurs sur le changement de pratiques. La première étape, c’est d’organiser des visites chez d’autres agriculteurs, en bio, pour comprendre leurs démarches et les techniques. C’est un changement de repères. On a un partenariat avec le Gab IdF et des techniciens de la chambre d’agriculture. Ensuite, il y a l’appui financier à l’achat du matériel de désherbage mécanique. Mais nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas pour impulser des changements de pratiques profonds. Beaucoup d’agriculteurs parlent de faire du bio mais ne passent pas le cap : peur de l’échec, méfiance envers les acteurs économiques ou services de l’État, regard des autres agriculteurs… Il faut élargir le dialogue à d’autres acteurs (acteurs des filières agricoles, entreprises locales, représentants des collectivités et de l’État, fédération de chasseurs, associations environnementales, etc.) et travailler sur des dynamiques territoriales, pour restaurer la confiance entre les différentes parties prenantes. Depuis la signature du contrat de captage, en 2016, nous avons fait appel à un cabinet d’étude, extérieur, neutre, qui n’est pas juge et partie, pour animer ce dialogue territorial. »

François Birmant, responsable des actions préventives pour l’association Aquibrie qui agit pour la connaissance et la protection de la nappe phréatique de Champigny

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