Refondation de l'école : ne noyons pas l'éducation artistique et culturelle dans un grand fourre tout culturel !

La Rédaction

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Après trois mois de concertation sur la refondation de l'écolele rapport issu des travaux a été rendu  vendredi au ministre de l'Education nationale par les quatre membres du comité de pilotage (la sociologue Nathalie Mons, la journaliste Marie-Françoise Colombani, l'administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers Christian Forestier, et le président de la Région Centre François Bonneau) avant les premiers arbitrages la semaine prochaine. Mardi 9 octobre, le rapport sera présenté officiellement à la Sorbonne, en présence de François Hollande qui doit fixer ses choix en vue d'une prochaine loi de programmation et d'orientation devant être présentée au conseil des ministres fin octobre.

Dans l'article que lemonde.fr consacre à ce rapport le 6 octobre, on y parle de l'introduction souhaitée de nouvelles pédagogies. L'idée est « de rendre les élèves plus actifs, de les faire travailler en petits groupes et sur des projets ». Célestin Freinet, Maria Montessori  et les mouvements d'éducation nouvelle (CEMEA, etc.) seraient-ils enfin entendus après au moins 80 ans d'expérimentations ? En revanche, dans cet article, aucune mention du renforcement de l'éducation artistique et culturelle.

Comment celle-ci a-t-elle été traitée dans la concertation ?  Elle faisait partie de l'une des quatre grandes thématiques, celle portant sur « la réussite scolaire » (aux côtés de la priorité au primaire, du socle commun ou du décrochage scolaire). Pour le Ministère, « il s'agit de faire en sorte que chaque élève puisse bénéficier d'un véritable parcours culturel, de l'école au lycée ; ce parcours pourrait intégrer simultanément enseignement, pratique et culture de manière à agir au mieux en faveur des publics qui n'auraient pas accès autrement aux oeuvres et aux pratiques artistiques ».

On remarque cependant que l'artistique disparait dorénavant du vocabulaire. Le 26 septembre, la rapporteuse de l'atelier sur l'éducation artistique et culturelle expliqua que ce terme, devenu obsolète, était désormais remplacé par celui d'éducation culturelle, qui comprend la culture technique et scientifique, la culture numérique et la culture artistique. Les deux premières me semblent tout à fait honorables, mais avec un terme aussi général et flou, le risque est grand de ne plus voir élever l'éducation artistique et culturelle au rang de priorité nationale, mais dilué dans un vague fourre tout qui serait marginalisé en regard des transmissions académiques.

Par ailleurs, l'appui de l'Etat auprès de l'ensemble des collectivités est nécessaire. Or  la fiche réalisée par le Ministère de l'Education nationale est assez maladroite à cet égard. Il est indiqué que les dispositifs développés par les académies s'appuient généralement sur des partenariats entre le ministère de l'éducation nationale et les collectivités locales, et plus particulièrement les Régions. Or les conventions avec celles-ci  représentent 12 académies sur 26 (46%), et les conventions avec les conseils généraux sont au nombre de 43, soit près de 45%. Mais tout cela est pour en arriver au fait « qu'une politique d'éducation artistique et culturelle ambitieuse devrait reposer sur un partenariat fort entre l'éducation nationale et les collectivités territoriales - en particulier les Régions ». Cela sous-entend-il que les Régions s'intéresseraient dorénavant à l'EAC  dans les écoles et les collèges, ou bien, autre hypothèse, que l'EAC serait prioritaire pour les seuls  lycées dont s'occupent les Régions ?

Il y a donc de quoi être un peu inquiet, d'autant que la concertation hélas n'a pas été menée de front par les deux ministères (mais pourquoi les services du Premier Ministre ne l'ont-ils pas imposé ?), et que le Ministère de la Culture va maintenant lancer la sienne de façon décalée...

Certaines associations ont apporté de précieuses contributions dans le cadre de cette concertation. c'est le cas par exemple, dans le domaine des arts de la scène, des propositions de l'ANRAT.  L'association a suggéré un plan national d'éducation artistique et culturelle garantissant à chaque enfant un volume horaire de 108 h, soit ½ journée par semaine (dont 40h en présence d'un partenaire artistique et/ou culturel), avec un parcours de fréquentation des oeuvres + des temps de pratique artistique, ainsi que la mise en oeuvre d'un projet artistique et culturel conçu à l'intérieur du temps scolaire. Il est proposé des commissions territoriales  pour l'éducation artistique et culturelle, dont les travaux seraient mis en relation par une  structure nationale interministérielle. Deuxième pan de cette proposition, une nouvelle définition du rôle de l'enseignant et de ses missions d'éducation et d'accompagnement des enfants, tous les enseignants devant pouvoir concevoir ou porter une démarche de projet et de parcours. Cela ne peut se faire sans un programme national de formation  (pas uniquement des enseignants, mais aussi des partenaires artistiques) , ainsi que la production d'outils pour fournir des ressources aux acteurs concernés.

De façon plus générale, une quinzaine de chercheurs et acteurs de l'éducation artistique et culturelle (dont je suis), d'ores et déjà rejoints par d'autres signataires, s'apprêtent à publier dans la presse nationale une tribune (nous en reparlerons ici). Car l'éducation artistique et culturelle, « c'est maintenant »  (ou jamais) qu'il faut la promouvoir pour qu'elle soit prise au sérieux et obtienne droit de cité grâce à une politique forte de l'Etat (bien entendu aux côté des collectivités territoriales, déjà largement engagées dans ce domaine).

François Deschamps

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