Réforme territoriale et régions : l'Alsace joue les Astérix

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La fusion des régions, voulue par la gauche au pouvoir en France pour en doper le poids économique, ne "passe" pas en Alsace : tels les Gaulois du village d'Astérix, des milliers d'irréductibles résistent toujours à l'idée d'un mariage avec leurs voisins. 3000 personnes ont manifesté dimanche à Mulhouse.
Dans cette province frontalière de l'Allemagne, à l'identité culturelle forte, les manifestations se succèdent depuis deux mois contre l'union à trois avec les régions de Lorraine et Champagne-Ardenne (nord-est). Après Strasbourg à deux reprises depuis octobre, puis Colmar le week-end précédent, un nouveau défilé a rassemblé 1.200 à 4.000 personnes, selon les estimations, dimanche à Mulhouse, dans le sud de la région, à la veille du retour du dossier de la réforme territoriale devant le Parlement.
Un autre rassemblement est programmé la semaine prochaine de nouveau à Strasbourg. La résistance s'organise aussi via le réseau Facebook, sur lequel le mouvement "Non à la fusion" revendique plus de 18.000 soutiens.
« Plus que jamais" mobilisée, Andrée Munchenbach, présidente du petit parti autonomiste "Unser Land" (Notre pays) et fer de lance des récentes manifestations, espère "que la détermination qui s'exprime ici va faire réfléchir à Paris". Rien n'est pourtant moins sûr.

Nouvel examen lundi

A deux reprises cet automne, la carte de France à 13 régions (contre 22 actuellement), prévoyant la fusion de l'Alsace avec ses voisines, a été validée par l'Assemblée nationale, à majorité socialiste, puis rejetée au Sénat, contrôlé par l'opposition de droite. L'incapacité des deux chambres à trouver un compromis a rendu nécessaire le nouvel examen qui débute lundi, au terme duquel les députés auront toutefois le dernier mot.

L'enjeu culturel

Nulle part ailleurs en France, la réforme territoriale annoncée début 2014 par le président François Hollande n'a suscité autant de protestations, à l'exception d'une manifestation en septembre à Nantes (ouest) pour réclamer le rattachement de la ville et son département de Loire-Atlantique à la Bretagne.
"Chez nous, il y a un enjeu culturel et linguistique très fort, des spécificités qui vont se diluer et disparaître avec cette réforme", affirme Andrée Munchenbach, en pointant que "les Corses, eux, on les a laissés tranquilles", puisque la réforme épargne l'île de Beauté.
Ce débat a "réveillé" un vieux sentiment dans la population, qui consiste à dire "on ne nous aime pas, personne ne nous comprend", analyse de son côté le maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries. "C'est le vieux fond autonomiste alsacien", ajoute l'édile, qui avait proposé, en vain, un mariage limité à l'Alsace-Lorraine. Mais pour lui, les choses vont trop loin: "Sur des pancartes dans les manifestations, je suis accusé de participer au “génocide alsacien”!".

Drapeaux et coiffes

Pour le politologue strasbourgeois Philippe Breton, les milieux autonomistes alsaciens, s'ils "réussissent à mettre beaucoup de monde dans la rue", restent "très minoritaires". Selon lui d'ailleurs, "les manifestants ne se font pas d'illusions, ils savent bien que le gouvernement ne reculera pas". L'Alsace est la seule région française actuellement administrée par la droite et une bonne partie de la classe politique locale a rejoint le camp des protestataires. A l'Assemblée nationale, les députés alsaciens de l'UMP, le parti de l'ancien président Nicolas Sarkozy, ont déployé une banderole "Ne tuez pas l'Alsace".

La mobilisation est parfois surprenante

Dans la région, la mobilisation a aussi pris la forme d'initiatives surprenantes: drapeaux alsaciens rouges et blancs accrochés à des monuments, résurgence des coiffes traditionnelles arborées par des militantes mobilisées via les réseaux sociaux. Jeudi, des élus locaux se sont symboliquement bâillonnés pour dénoncer "le mépris de l’État jacobin" envers les Alsaciens. M. Sarkozy a juré que la droite reviendrait sur la nouvelle carte des régions en cas de retour au pouvoir à la présidentielle de 2017.Pour le député socialiste strasbourgeois Philippe Bies, "la persévérance (des opposants) ne doit pas confiner à l'aveuglement, car la loi ne changera pas". "Il faut désormais passer à l'étape suivante, commencer à s'adapter, regarder comment on va travailler ensemble", souligne-t-il, convaincu que les élus alsaciens ont "exaspéré" nombre de leurs collègues d'autres régions, "qu'ils soient de droite ou de gauche".

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