Réforme territoriale : un immense gâchis

Nicolas Braemer

Sujets relatifs :

Réforme territoriale : un immense gâchis

carte_france_decoupe

© d_e_r_i_c - fotolia

S’il fallait une preuve de l’improvisation totale dans laquelle est menée la réforme territoriale, on l’a eue récemment avec le dernier revirement du Premier ministre qui, après nous avoir annoncé que la suppression des départements était nécessaire, nous a théorisé que la France en avait besoin.
Depuis deux ans et demi, le dossier « décentralisation » subit les affres des renoncements et des approximations, comme rarement ce fut le cas sous la Ve République. Qu’on y songe : sous la houlette de Jean-Marc Ayrault, nous avons eu droit à un projet de loi, puis à un projet de loi découpé en deux puis en trois, ensuite à un deuxième volet largement vidé de sa substance et à un troisième quasiment supprimé.Manuel Valls a ensuite inauguré sa prise de fonction en nous annonçant avec fracas que le nombre de régions allait être divisé par deux et les départements supprimés. Rappelons les propos du Premier ministre lors de son discours de politique générale de septembre : « Mon dernier objectif est d’engager le débat sur l’avenir des conseils départementaux. Je vous propose leur suppression à l’horizon 2021. […] Ce changement donnera lieu à un profond débat dans le pays, qui associera les élus et les citoyens. Mais il est désormais temps de passer des intentions aux actes. »
Manuel Valls a cédé aux radicaux en acceptant de maintenir la moitié des départements.
Puis, la grosse machine du lobby des élus locaux s’est mise en marche. Puis le PRG, étrillé aux dernières sénatoriales, a menacé de faire défection à la majorité. Puis Manuel Valls, donc, a cédé aux radicaux en acceptant de maintenir la moitié des départements et il est allé devant l’Assemblée des départements de France expliquer que le pays avait « besoin de ses départements ». L’ampleur de la volte-face laisse pantois.On en est donc là, on vote des lois et des dispositifs les uns après les autres (les métropoles, la loi Maptam, demain la loi NOTRe, etc.) sans analyse réelle des vrais problèmes et besoins, sans cohérence d’ensemble, sans objectifs affichés (ah, André Vallini nous expliquant les milliards d’économies que permettait la nouvelle carte des régions, puis qu’on n’économiserait en fait pas grand-chose, mais que ce n’était pas le but).Car le pire dans ce dossier n’est pas ce qu’on a fait : finalement, dans ce chaos, le dossier métropole semble abouti et cohérent. Le pire est clairement ce qu’on n’a pas fait, les occasions manquées d’avancer dans des dossiers autrement plus urgents pour les populations concernées que la satisfaction de quelques présidents de région.
On vote des lois et des dispositifs les uns après les autres, sans analyse réelle des vrais problèmes et besoins.
Où est la vraie réflexion sur la ruralité ? Où est la réforme territoriale qui prendra en compte cette « France edge », celle où le réseau de téléphonie mobile passe à peine ? Où est la réflexion sur la nécessaire refondation de la politique de la ville et, enfin, la mise au rang des priorités de la relégation des banlieues ?Nulle part, et c’est un immense gâchis.

Recevez votre newsletter hebdo gratuitement

Nous vous recommandons

"Ça se passe ailleurs", quand les collectivités innovent dans le monde entier

Infographies

"Ça se passe ailleurs", quand les collectivités innovent dans le monde entier

Tous les mois, la Lettre du Cadre publie des expériences menées par des collectivités. Urbanisme, transports, marchés publics, mobilités douces… En Corée ou en Colombie, au Canada ou en Suède, aux Pays-Bas… Toutes ces initiatives...

La grande peur de la fonctionnalisation

La grande peur de la fonctionnalisation

Un nouveau site (et un nouveau magazine) pour La Lettre du Cadre

Un nouveau site (et un nouveau magazine) pour La Lettre du Cadre

Les dessins de la semaine

Les dessins de la semaine

Plus d'articles