Régis Juanico : « Quels sont les liens entre Le Pen et les groupuscules d’extrême droite ? »

Stéphane Menu

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Régis Juanico : « Quels sont les liens entre Le Pen et les groupuscules d’extrême droite ? »

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© VÉRONIQUE TARKA

Membre de la commission parlementaire d’enquête sur les groupuscules d’extrême-droite, le député Régis Juanico souhaite que ce travail permette d’identifier les liens entre ces groupuscules, régulièrement dissous et reformés, et le parti de Marine Le Pen. Dans le contexte actuel de montée de l’antisémitisme, les conclusions de cette commission sont attendues avec impatience.

Vous êtes membre de la commission parlementaire d’enquête sur les groupuscules d’extrême droite. Où en sont vos travaux (lire encadré) ?

Ils ont été lancés il y a maintenant trois semaines [l’entretien a été réalisé le 25 février 2019]. Nous avons rencontré des spécialistes comme Pascal Perrineau ou encore Jean-Yves Camus, des préfets et le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez. Bref, nous essayons d’ouvrir le spectre le plus large pour savoir comment l’appareil d’État appréhende ces groupuscules et tente de les mettre hors d’état de nuire.

Ce qui n’est pas si simple…

Oui, la loi est là, celle de juin 1936. Mais les croisements entre la liberté d’opinion et le fait d’interdire purement et simplement ces groupuscules restent toujours délicats à trancher.

Les croisements entre la liberté d’opinion et le fait d’interdire purement et simplement ces groupuscules restent toujours délicats à trancher

Récemment, lors du dernier dîner du Crif, le président de la République a annoncé l’engagement de procédures pour radier trois d’entre eux [Bastion social, Combat 18, Blood and Honour France]. Bastion social est une survivance de l’organisation étudiante d’extrême droite, Groupe Union Défense (GUD), dissoute en 2017. Il y a six ans, le précédent gouvernement avait dissous les Jeunesses nationalistes révolutionnaires, l’œuvre française et Troisième voie. Blood and Honor Hexagone et Combat 18 sont clairement identifiés comme des mouvements néonazis anglo-saxons, mais Bastion social trouve son origine dans l’ultra-droite française du XXe siècle. Certains ex-chefs historiques du GUD, comme Frédéric Châtillon, sont aujourd’hui proches de Marine Le Pen.

Ce lien entre l’ex-GUD et Bastion social est-il établi par les concernés eux-mêmes ?

Il ne faut jamais oublier que le GUD s’est auto-dissous et que ses militants ont retrouvé une activité sous d’autres formes. Face à la menace de dissolution, les associations préfèrent prendre les devants. Bastion social paie le fait qu’il est sorti de l’ombre à travers certains reportages grand public, montrant entre autres ses militants en train de venir en aide aux SDF d’origine française, bien sûr.

Face à la menace de dissolution, les associations préfèrent prendre les devants

Le slogan de Bastion social est clair, « Les nôtres avant les autres ». Le groupuscule se targue dans un reportage sur France 2 d’avoir permis à une personne dormant dans la rue de trouver un logement à Strasbourg, médiation que nient bien entendu les services de la métropole de Strasbourg. Bastion social a réussi à étendre sa toile à travers le pays, en ouvrant plusieurs antennes dans de nombreuses villes françaises, toujours avec de nobles intentions, venir en aide aux plus démunis… français…

La commission parlementaire a tenté d’obtenir l’audition de Marine Le Pen et de Marion Maréchal. Puis y a renoncé. Pourquoi ce revirement ?

C’est une décision collective. Nous avons estimé que l’analyse des liens entre ces groupuscules et le Rassemblement national suffirait à se faire une opinion sur les connexions qui existent à ce jour.

Nous cherchons à savoir s’il y a une réelle étanchéité entre ces groupes et le parti, notamment ses ramifications avec le groupe des « Identitaires ». Le fait que Marion Maréchal ait ouvert son école à Lyon, ville où ces groupuscules sont assez présents, fief d’un certain nombre de négationnistes, peut interpeller.

« L'Œuvre française », dissous et reformé depuis… 1936 !
Ouverte à la demande de la France Insoumise, cette commission est présidée par la députée LFI de l’Hérault, Muriel Ressiguier, et a pour objectif de « faire un état des lieux sur l’ampleur du caractère délictuel et criminel des pratiques des groupuscules d’extrême droite ». « Nous allons préparer un rapport et des propositions d’améliorations de notre arsenal juridique pour mettre fin aux activités de ces groupuscules et faire en sorte qu’ils soient mieux surveillés. Beaucoup de ces groupes, même lorsqu’ils font l’objet de dissolution, se reforment. Lors de nos auditions, on nous a donné l’exemple du groupe ‘l'Œuvre française’ qui est présent sur le territoire sous diverses formes depuis 1936 », explique Régis Juanico. Le rapport sera publié le 11 juin prochain.

Ces groupuscules d’ultra-droite ont-ils tenté d’infiltrer le mouvement des Gilets jaunes ?

Oui, clairement. Notamment lors du saccage de l’Arc de Triomphe où certains d’entre eux étaient sur les lieux. Mais les chiffres disent autre chose : sur les 2 800 arrestations comptabilisées à ce jour à Paris, seules 60 mettent en évidence un lien direct avec des groupuscules d’extrême-droite.

Sur les 2 800 arrestations comptabilisées à Paris, seules 60 mettent en évidence un lien direct avec des groupuscules d’extrême-droite

Au-delà de cette actualité, quels regards portez-vous sur la réforme de la fonction publique telle qu’elle se profile ?

Je crois que les masques vont finir par tomber. Dès le lendemain, ou presque, de son élection, Emmanuel Macron a mis en place le Comité d’action publique 2022 dont la feuille de route est la réforme radicale de la fonction publique. Le président de la République se place dans le sillage de ce que Nicolas Sarkozy avait fait avec la RGPP [Révision générale des politiques publiques].

François Hollande n’était-il pas dans la continuité ?

C’est incomparable, il a notamment lancé une grande campagne de recrutement dans l’Éducation nationale. Il est paradoxal de voir à quel point l’actuel pouvoir, qui prétend vouloir mieux entendre les Français, ne perçoit pas la demande fortement exprimée de plus de services publics.

Régis Juanico, né le 5 février 1972, est un homme politique français membre du Parti socialiste puis, depuis 2018, du mouvement Génération.s. Il est député de la première circonscription de la Loire.

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