Rénovation urbaine : la géographie prioritaire se dessine, enfin

Stéphane Menu
Rénovation urbaine : la géographie prioritaire se dessine, enfin

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Les contours de la future carte nationale de la politique de la ville prennent forme. 200 quartiers Anru dont une vingtaine en outre-mer, 1 300 quartiers prioritaires en métropole, premiers contrats de ville signés… Il était temps que les acteurs de terrain disposent d’une véritable feuille de route.
La liste des 200 quartiers Anru est bouclée. Le président de la République devrait annoncer mi-décembre que l’État lancera un nouveau programme de rénovation urbaine à hauteur de 5 milliards d’euros. Une information confirmée à Libération par les services de la secrétaire d’État à la Ville, Myriam El Khomri.Cet acte II intervient à l’heure où l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), créée en 2004 par Jean-Louis Borloo, fête ses dix ans. Cette dernière peut se targuer d’un bilan honnête, ayant instruit et financé, en dix ans, le programme de rénovation urbaine de 490 quartiers en difficulté, où logent quatre millions d’habitants. 46 milliards d’euros ont été investis pour sortir ces quartiers de l’impasse. À ce jour, 1 300 quartiers relèvent de la politique de la ville. Parmi eux, 200 devraient donc bénéficier du label prioritaire.20 milliards d’euros devraient être mobilisés pour ces nouveaux chantiers à partir de 2015, l’Anru étant le point d’ancrage de l’État, des collectivités locales, des bailleurs et des prêts de la Caisse des dépôts.

Rénovation urbaine : les habitants ne voient pas d’amélioration

À l’heure où ce tournant s’amorce, la région Ile-de-France, en partenariat avec le Bondy blog, a eu la bonne idée de sonder la population d’Ile-de-France ((Sondage Viavoice pour le magazine « Ile de France » réalisé par téléphone du 20 au 29 octobre 2014 auprès de 1 003 personnes, échantillon représentatif de la population francilienne de 18 ans et plus.)). L’objectif de l’étude est de mesurer l’évolution des conditions de vie par les habitants des quartiers concernés depuis 2005, date des dernières émeutes urbaines à l’échelle du pays.
10 % seulement des Franciliens estiment que la rénovation urbaine a changé le visage des quartiers.
Le constat est sévère, mais juste : entre 2004 et 2014, les conditions de vie en banlieue se sont dégradées pour 35 % des sondés ou n’ont pas évolué pour 44 % d’entre eux. 18 % seulement des sondés estiment qu’elles se sont améliorées. La rénovation urbaine, telle qu’elle a été conçue, est négativement perçue, 41 % de sondés estimant que le malaise social s’est renforcé et que des émeutes ne sont pas à exclure.10 % seulement des Franciliens estiment que la rénovation urbaine a changé le visage des quartiers, 44 % reconnaissent tout de même que les « chantiers sont importants mais [qu’]il faudra du temps pour réparer les erreurs du passé ». Sans surprise, une large majorité (68 %) estime que l’amélioration des conditions de vie en banlieue passera par la lutte contre le chômage.

Le conseil des citoyens verra le jour

Concrètement, tous les contrats de ville 2015-2020 devront être signés avant la fin juin 2015. D’ici à la fin de l’année, les préfets recevront des lettres de cadrage interministérielles dont le principe avait été acté du temps de François Lamy : Ville-Éducation nationale, Ville-Emploi, Ville-Santé et, sans doute, Ville-Logement. Dernier point sur la mise en place des conseils des citoyens, dont le gouvernement faisait un préalable impérieux à la signature d’un contrat de ville.Une circulaire du 15 octobre assouplit cette position, la réalité du conseil des citoyens étant exigée non pas avant la signature du contrat de ville, mais au moment de l’entrée en matière de ce dernier. On ne peut que regretter ces atermoiements de la part d’un gouvernement de gauche qui doit beaucoup aux électeurs des quartiers populaires.
La réalité du conseil des citoyens est exigée au moment de l’entrée en matière du contrat de ville.
Toutefois, le problème de la politique de la ville, plus de trente ans après sa création, reste le même : son interministérialité échappe aux critères habituels de la nomenclature figée de l’organisation institutionnelle, elle est donc vécue au plus haut sommet de l’État comme une action transverse, un terme abâtardi pour la haute fonction publique.

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