Retraites : plus de victimes chez les femmes et les ouvriers

Philippe Nikonoff

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Retraites : plus de victimes chez les femmes et les ouvriers

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On réforme, mais sans s’adapter à ce que subissent les victimes des carrières hachées et du temps partiel. Et c’est aux femmes en particulier que ça va coûter cher.

Plusieurs phénomènes sociétaux se cumulent et expliquent que les carrières complètes soient de moins en moins la règle :

1. Depuis une trentaine d’années, le pourcentage d’actifs arrivant à l’âge de la retraite avec le nombre nécessaire de trimestres pour disposer d’une retraite complète diminue régulièrement.

Ainsi, le taux de chômage des 59-61 ans est aujourd’hui supérieur à 20 % ((Source Dares.)). Leur vie professionnelle se termine donc par le chômage dans de nombreux cas et ils ne disposent pas par conséquent des annuités nécessaires.

Le début de carrière est plus tardif, notamment pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur

2. Le travail à temps partiel s’est fortement développé ces trente dernières années, notamment pour les femmes, les ouvriers et les plus de 50 ans, souvent pour des questions de pénibilité. Même si le/la retraité(e) possède tous les trimestres, sa retraite sera plus faible du fait du temps partiel.

3. Le temps partiel et les CDD se sont fortement développés notamment pour les femmes. Cumulées à des carrières incomplètes pour s’occuper des enfants et un salaire horaire 18 % plus faible que celui des hommes (30,6 % contre 7,2 %, voir article « Pourquoi les femmes sont plus victimes du chômage ». Toutes ces évolutions créent les conditions pour que les femmes aient de plus faibles retraites.

« La crise a eu un impact négatif sur les femmes dans toutes les professions en bas de l’échelle de salaire ainsi que dans la grande catégorie des employés de bureau. » (Cf. « La polarisation de l’emploi en France. Ce qui s’est aggravé depuis 2008 », Cepremap 2019, p. 42.). La réforme prévoit également que les droits à pension de réversion seront fermés pour les divorces intervenant après l’entrée en vigueur du système universel, ce qui réduit encore plus leur revenu disponible.

4. Le début de carrière est nettement plus tardif, notamment pour les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur. Ceux dont les parents ont pu financer les études n’ont pas eu besoin de travailler en parallèle. Mais en contrepartie, une retraite à taux plein supposerait de travailler sans période de chômage jusqu’à 70 ans.

Lire aussi : Les inégalités de salaire hommes-femmes sont-elles justifiées dans la territoriale ?

Une retraite réelle en baisse

Par conséquent, aucune réforme des retraites ne peut sérieusement reposer sur l’hypothèse moyenne de carrières complètes.

Celles-ci appartiennent au passé depuis déjà de nombreuses années. Mais qu’en sera-t-il du futur ? En se projetant de façon non dogmatique, la révolution numérique en cours apparaît davantage comme source de réductions massives d’emploi dans de nombreux secteurs, comme l’indique notamment le Cepremap « des articles récents suggèrent que l’intelligence artificielle, les robots et l’automatisation pourraient créer un avenir caractérisé par un taux de chômage structurel élevé et qu’ils ont déjà des effets sur une grande partie des travailleurs » ((Cf. Cepremap 2019 « La polarisation de l’emploi en France. Ce qui s’est aggravé depuis 2008 », p. 80. Le rapport insiste sur ce sujet : « Les coûts d’ajustement (aux mutations technologiques) sont importants. Ils peuvent avoir des conséquences négatives persistantes pour certains, voire à terme empêcher les perdants de tirer un bénéfice de ces évolutions, même après une longue période. Ces coûts sont plus élevés chez les travailleurs relativement peu qualifiés et plus âgés, de même que dans les professions plus touchées », p. 15-16. Ce même rapport confirme que les technologies peuvent remplacer les salariés, au-delà des industries manufacturières concernées jusque-là : « le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication peut affecter les emplois dans les services en automatisant davantage les tâches intellectuelles, comme dans les secteurs financiers, les services juridiques, etc. » p. 67.)).

Tous ne seront pas touchés au même degré car le chômage frappe davantage les emplois dits « d’exécution »

Ainsi, tenant compte des carrières incomplètes d’une part, des perspectives d’emploi de l’autre, la retraite réelle sera moindre qu’annoncé dans la très grande majorité des cas. Mais, tous ne seront pas touchés au même degré car le chômage frappe davantage les emplois dits « d’exécution » (employés et ouvriers) et moins les cadres.

Or, si les différentes CSP ne sont pas impactées de la même façon du fait de probabilités différentes d’avoir des carrières complètes à temps plein, ces CSP n’habitent pas dans les mêmes lieux et une baisse massive des montants versés impactera différemment les territoires.

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