Retrouvons le sens de la qualité

François-Xavier Nerden

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Retrouvons le sens de la qualité

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© Olivier Le Moal

Dans notre modèle productiviste actuel, la qualité passe souvent en dernier. Elle est sacrifiée aux impératifs de production à bas coût, de rentabilité, de vitesse. Pourtant, la quête de sens devrait lui redonner ses lettres de noblesse. À condition d'accepter d'en payer le prix...

« Un dialogue de qualité », c’est ce que l’on dit à la sortie d’une réunion, lorsque tout le monde a la mine satisfaite d’avoir fait avancer tel projet ou telle idée. Il y a quelques années, les cercles de qualité faisaient florès. Aujourd’hui, on parle de management de la qualité, d’objectif-qualité, de norme de qualité. On se dit même que les circuits courts seraient gages de qualité et de conseiller de consommer français… Mais ce n’est pas si simple.

La qualité passe en second

Dans notre mode de production actuel, la quantité semble avoir le pas sur la qualité. Il faut consommer. Si les produits étaient de qualité, ils dureraient et ce n’est pas bon pour le commerce. Le mot rendement est d’abord perçu comme quantitatif. Il n’est pas indifférent qu’on s’aperçoive que la motivation des personnes n’est pas… quantité négligeable.

Pensez un peu : le propre des ingénieurs est de concevoir des produits qui fonctionnent, c’est bien le moins. Mais qui soient pratiques, solides, éventuellement beaux et, encore mieux, fabriqués à bas coût, voilà la fierté d’un ingénieur. Imaginez, au début de ce qui allait devenir la société de consommation, on a demandé aux ingénieurs de concevoir des produits qui fonctionnent, certes, mais pas trop longtemps, et surtout, fabriqués au plus bas coût possible. L’éthique de l’ingénieur s’est trouvée totalement chamboulée. Il s’est d’abord rebiffé, puis a fini par accepter car il avait une famille à nourrir. Depuis, on a créé les ingénieurs commerciaux.

La qualité est une sorte de devoir d’excellence.

Le mot qualité est difficile à analyser car il relève de la haute définition. Cela confine à la précision, la fiabilité, la rapidité, la sécurité, le confort, l’efficacité, la ponctualité. La qualité est une sorte de devoir d’excellence. Elle est faite de délicatesse, de respect et de nature. Les êtres se définissent par la qualité d’humanité qu’il y a en eux. La qualité n’est jamais un accident. Elle est la résultante d’une orientation intelligente et d’une exécution soignée.

Un concept aseptisé

Beaucoup se plaignent du temps qui passe trop vite et sans saveur. Et si demain la qualité ne devait plus être qu’un concept aseptisé d’un monde automatisé à l’excès, dévoilant notre misère humaine, peut-être serions-nous enclins à demander une pause pour réapprendre la vie quotidienne, l’amitié, le temps qu’on perd, le geste délicat, la rose qu’on offre, la joie de vivre et de respirer, le retour du printemps… ?

Combien, après avoir fait « Force de vente » (tout un programme), quittent le monde du commerce qu’ils n’imaginaient pas si âpre et brutal, pour se tourner vers le service public à la recherche de valeurs plus nobles ?

Nous cédons aux chimères de la consommation et achetons de la mauvaise qualité chinoise qui se retrouve invariablement dans nos poubelles.

Un bon rapport qualité-prix fait partie de nos exigences désormais. Nous cédons aux chimères de la consommation et achetons de la mauvaise qualité chinoise qui se retrouve invariablement dans nos poubelles. Nous contribuons ainsi à gaspiller des matières premières, à dépenser une énergie de plus en plus précieuse, à polluer intensément par le transport maritime.

De la conviction… et un peu plus

Le prix à payer n’est pas forcément et exclusivement d’ordre financier. On peut faire de la qualité avec beaucoup de conviction et peu de chose. La qualité relève moins d’un raffinement culturel qu’on lui suppose que d’un sursaut de dignité dont nous sommes tous capables. La qualité du cœur est notre capital le plus précieux. Elle ne tombe pas du ciel. Un produit fait maison a la saveur inégalable de notre effort et de la qualité de notre amour. « Si nos fabriques imposent, à force de soin, la qualité supérieure de nos produits, les étrangers trouveront avantage à se fournir en France et leur argent affluera dans le royaume », disait Colbert (1664). Il n’est pas impossible qu’avec la fin de l’obsolescence programmée, une sensibilité environnementale nouvelle, la qualité des êtres soit aussi un attrait. Mais est-ce que notre modèle social pousse à l’excellence ?

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