Revenu de base : la relation au travail change

Marjolaine Koch

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Revenu de base : la relation au travail change

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Un quart des Français est actuellement en situation de précarité. On parle de l’émergence du « précariat », confronté aux problèmes financiers et aux démarches chronophages. Le revenu de base pourrait représenter une vraie solution.

Jongler avec les petits boulots, se contenter d’un temps partiel aux horaires décousus, c’est le quotidien de 3,4 millions de Français. Outre ces statuts précaires, ajoutez les chômeurs et les « découragés » qui ne sont même plus inscrits sur les registres de Pôle Emploi, et vous atteignez un quart de la population active, selon l’Observatoire des inégalités. Mais on peut encore allonger cette liste avec une troisième catégorie : les agriculteurs, les « petits » entrepreneurs et les artisans indépendants, eux aussi touchés par une forme de précarité du fait de l’inexistence de filets de sécurité. Au total, quelque 10 millions de Français sont concernés.

Le précariat, une nouvelle classe sociale

Qu’elles aient des horaires de travail décousus, des contrats en pointillé ou bien des journées interminables pour lancer leur propre activité, ces personnes ont un point en commun : l’insécurité financière. Outre leur temps de travail effectif, leur quotidien se compose de larges plages destinées à rechercher du travail et/ou à constituer des dossiers pour obtenir des aides, dans un seul but : remplir le frigo.

Contraction de précarité et de prolétariat, le précariat est un mode de vie insécure.

Ce quotidien, c’est ce que Guy Standing, économiste, appelle « le précariat ». Contraction de précarité et de prolétariat, le précariat est un mode de vie insécure, qui pèse sur ses membres de plusieurs façons : difficultés à épargner, à se loger, à financer les études des enfants, sa retraite… Cette classe en gestation résulte de l’augmentation des inégalités, de l’évolution vers un marché du travail aussi libre que flexible.

Une classe sociale en émergence

Guy Standing, économiste et auteur du best-seller « Le précariat, les dangers d’une nouvelle classe », a étudié les conditions de vie des membres du « précariat », contraction de « précarité » et « prolétariat ». Ce néologisme désigne une nouvelle classe sociale minée par l’insécurité économique et l’angoisse quotidienne de la précarité. Pour Guy Standing, « au début du xixe  siècle, les romantiques radicaux ont demandé de nouvelles libertés. Quant au début du xxe  siècle, il a connu une véritable éruption d’idées progressistes visant à accroître la liberté du prolétariat industriel. Cette fois, il est déjà tard mais, du fait de la discréditation du travailllisme et de la faillite morale de la mondialisation néolibérale, tous ceux qui souhaitent une émancipation égalitaire focalisée sur le précariat peuvent raisonnable- ment reprendre espoir ». Mais cette classe sociale en émergence, disparate, dispose-t-elle des codes pour s’organiser ?

« Le précariat, les dangers d’une nouvelle classe », Guy Standing, Les Éditions de l’Opportun, traduit en 19 langues.

 

Les démarches fastidieuses, ça suffit !

Si leurs conditions de travail ont évolué vers plus de flexibilité, le reste de leur quotidien, lui, est resté dans le vieux monde. Des démarches administratives toujours aussi nombreuses, répétitives et fastidieuses pour toucher le RSA, les APL, les allocations familiales, s’inscrire à la CMU, sans parler des aides spécifiques locales… « Au lieu de faire circuler le dossier, on fait circuler les allocataires » déplore Michel Pouzol, ex-député PS qui a connu la grande pauvreté. Il découle de cette complexité administrative un taux de non-recours estimé à 36 % des personnes en droit de demander le RSA, selon une estimation réalisée pour l’Assemblée nationale en septembre 2016.

Alors, certains se prennent à rêver d’une plus grande flexibilité aussi du côté des aides, et non plus uniquement du travail. Une aide qui tomberait sans la demander, et qui dégagerait un temps précieux pour tous les travailleurs pauvres entravés par des démarches chronophages et stigmatisantes. Un revenu universel – ou de base, selon les appellations – comme  un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué à tous les citoyens, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie.

L’idée du revenu de base doit infuser

Cette solution demande de remettre à plat le rapport au travail. Il deviendrait possible de multiplier les expériences professionnelles, de rééquilibrer les rapports de négociation avec les employeurs pour les « petits » ou « sales » boulots, mais aussi de prendre du temps pour des activités non rémunératrices à titre individuel, mais génératrices de richesses pour la société. Benoît Hamon s’est fait le chantre du revenu universel, lors de la dernière élection présidentielle. Mais avant lui, d’autres élus locaux ont travaillé dans l’ombre sur ce projet de revenu de base. Certains regrettent l’image qui en a été donnée par le cador socialiste.

Eux souhaitent diffuser leur message dans la société, faire infuser l’idée, la tester, pour que les citoyens s’en emparent et la portent ensuite auprès des décideurs. Un long chemin vient d’être entamé, mais les bases sont désormais posées.

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