Interview

Richard Lioger : "Il faudrait créer un Pinel étudiant"

Stéphane Menu

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Richard Lioger :

Richard Lioger est député LReM de Moselle

© Lionel Barbe_Wikimedia

Le député Richard Lioger (LReM), avec David Corceiro (MoDem), a récemment remis un rapport d’information pointant l’insuffisance de l’offre de logements pour les étudiants et plus généralement pour les jeunes. Ce rapport, « Le logement et la précarité des étudiants, des apprentis et des jeunes actifs », permettra-t-il une prise de conscience à la veille de l’élection présidentielle ? La situation, telle qu’elle est décrite par les deux députés, impose à tout le moins de lancer le débat.

Pour quelles raisons avez-vous souhaité rédiger ce rapport d’information ?

Les logements destinés aux étudiants disponibles n’ont pas suivi la courbe ascendante de la démographie. On recense à ce jour 175 000 chambres du côté des résidences universitaires gérées par les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) et 180 000 chambres gérées par des résidences estudiantines privées. Or, on compte aujourd’hui 2,7 millions d’étudiants, parmi lesquels 710 000 boursiers.

Toutes universités confondues, on parle tout de même de 6 300 bâtiments et de 15 millions de m² construits

La situation ne cesse de se tendre d’autant plus que chaque année, les établissements d’enseignement supérieur reçoivent 35 000 à 40 000 étudiants supplémentaires. Il est difficile de mesurer le déficit en termes de logements nécessaires. Beaucoup d’entre eux renoncent à se loger dans ce type de logement faute de disponibilités.

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Comment l’État répond à cette situation ?

Les plans annoncés ne sont pas à la hauteur des besoins (lire encadré). Durant la crise sanitaire, des aides financières ou alimentaires, comme le repas à un euro pour les étudiants, ont été débloquées. Mais rien n’a été fait concernant le logement, qui reste le premier poste de dépenses des jeunes, avec 60 % en moyenne de leur budget qui y est consacré.

Cette question reste un angle mort des politiques publiques, avec deux ministères qui se renvoient la balle, celui du Logement et de l’Enseignement supérieur. Les écoles d’ingénieurs ou de commerce s’en préoccupent plus, beaucoup mieux en tout cas que l’université. Il est donc nécessaire de produire massivement du logement étudiant.

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Que faut-il faire pour améliorer la situation rapidement ?

Deux acteurs peuvent être mobilisés : les bailleurs sociaux et les universités. La loi Pécresse de 2007 sur l’autonomie des universités autorise ces dernières à devenir propriétaires de leur patrimoine immobilier. Seules une douzaine d’entre elles ont franchi le gué, sur les 58 universités françaises.

L’APL n’est pas suffisante, même si le vrai problème reste l’absence de logements disponibles

Toutes universités confondues, on parle tout de même de 6 300 bâtiments et de 15 millions de m² construits sur 5 300 hectares de terrain ! Certes, ces bâtiments ne sont pas toujours en bon état et l’université ne dispose pas d’un réel savoir-faire pour gérer son immobilier. D’où la proposition de créer une société publique locale universitaire (Splu), reposant sur le modèle des sociétés d’économie mixte, avec, comme actionnaires, l’université et les collectivités territoriales. Je connais bien le sujet puisque j’ai été président de l’université de Lorraine de 2003 à 2008 et que je suis vice-président de la Fédération des élus des entreprises publiques locales.

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Et du côté des bailleurs sociaux ?

Ils sont mobilisés pour faire plus de place aux jeunes, qui représentent 20 % des demandeurs mais seulement 11 % des locataires. Certains proposent même leurs grands appartements en colocation. L’objectif est de décloisonner les différents parcs, que les étudiants puissent aller en foyer de jeunes travailleurs, qui recensent 500 000 lits, et inversement pour les résidences estudiantines.

Cette circulation reposerait sur la mise en place d’un guichet unique réservé au logement et installé sur chaque campus. Autre point essentiel : les étudiants étrangers, de l’ordre de 365 000 en France, qui rencontrent les pires difficultés pour se loger dans notre pays.

791 000 étudiants et 574 000 jeunes non étudiants de moins de 25 ans bénéficient de l’allocation personnalisée au logement (APL). Cette allocation doit-elle être repensée ?

Il faudrait d’abord supprimer le mois de carence en début de droits puis la prolonger trois mois après la fin des études pour permettre aux jeunes de se retourner. L’APL n’est pas suffisante, même si le vrai problème reste l’absence de logements disponibles.

Les jeunes font preuve de beaucoup d’imagination, de débrouillardise, en logeant chez des copains, des amis de la famille, etc. Mais il faut sortir de cette situation de débrouille qui produit beaucoup d’inégalités. Sans doute faudrait-il songer à activer le levier fiscal, pas assez attractif aujourd’hui. Dans l’idéal, lancer un Pinel étudiant permettrait sans doute de doper la production de logements. Dernier point, cette absence de logements étudiants destinés aux plus jeunes est un facteur d’inégalités évident.

Permettre aux jeunes de se loger à des prix moins élevés leur éviterait de recourir à la Banque alimentaire pour se nourrir ou à travailler pour se payer leurs études, ou plutôt leur loyer !


Le plan Macron patine

Qu’a-t-on fait ces dernières années pour améliorer la situation ? Le plan de construction de 40 000 logements étudiants, lancé entre 2012 et 2017, sous le quinquennat de François Hollande, a été mené à bien, avec 40 265 places créées grâce, notamment, au concours actif des bailleurs sociaux (83 % de la totalité des logements construits). Le plan Macron, qui visait jusqu’en 2022 à la construction de 60 000 logements pour étudiants et 20 000 pour jeunes actifs, n’a pas décollé : 36 000 logements ont été livrés ou sont encore dans les cartons.

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