San Francisco, la ville « presque » zéro déchet

Julie Krassovsky

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San Francisco, la ville « presque » zéro déchet

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© Intell free press

80%, c’est la proportion de déchets recyclés atteinte fièrement par San Francisco. La ville californienne touche du doigt son objectif affiché : parvenir, d’ici à 2020, à zéro déchet non recyclé ou composté. Un résultat plus qu’encourageant, jamais atteint jusqu’ici par une aussi grande ville dans le monde. Un tel objectif est-il atteignable en France ?

Il faut dire que la municipalité californienne s’est donné les moyens de son ambition. Tout est parti d’un constat simple : 90 % des déchets qui finissent dans les décharges peuvent être recyclés, la part la plus importante étant la nourriture. Il fallait donc mettre l’accent sur le traitement des résidus organiques.

Des déchets organiques au débris industriels

Dès 2002, un système de collecte quotidien est organisé. Les déchets sont acheminés par camion dans un grand champ et transformés en compost. La municipalité teste d’abord cette approche auprès des hôtels et des restaurants qui s’engagent à assurer un tri sélectif à l’aide de poubelles à compost, moins chères que les contenants classiques. En un an, l’hôtel Hilton, qui délivre 7 500 repas par jour, économise 145 000 euros sur sa gestion des ordures.

L’initiative est alors très vite étendue à l’ensemble des professionnels. En 2006, la ville oblige toutes les entreprises du bâtiment à recycler au moins 65 % de leurs débris comme le béton, le métal et le bois dans des centres agréés. Une suspension de six mois est prévue pour les contrevenants.

Suivent des mesures fortes. Comme l’interdiction de l’usage de polystyrène pour toute boîte contenant de la nourriture, ou encore la proscription des sacs plastiques dans les supermarchés. Cette obligation sera ensuite étendue à tous les commerces de détail et les restaurants. Le Code de la construction de San Francisco est également modifié pour que des « zones spécifiques » soient prévues pour la collecte et le ramassage des déchets recyclables dans tout nouveau bâtiment.

Une obligation pour tous les habitants

Ce n’est qu’en juin 2009 que la municipalité rend obligatoires le recyclage et le compostage pour tous les habitants. Chaque maison et immeuble reçoit une facture détaillée et peut l’alléger en utilisant de moins en moins la poubelle classique. Les mauvais trieurs sont passibles d’une amende allant jusqu’à 700 euros.

Dernier né de l’arsenal juridique, l’interdiction de la vente et de la distribution de petites bouteilles d’eau en plastique dans les espaces publics de la ville depuis le mois d’octobre 2014.

Étape par étape, la municipalité a donc influé sur la politique commerciale des entreprises autant que sur l’engagement des citoyens. Une action qui permet aujourd’hui de réduire considérablement l’activité des décharges et des incinérateurs.

Des progrès à accomplir

Bien sûr, tout n’est pas résolu. Les centres de tri des déchets restants (aluminium, plomb, mercure, déchets électroniques) s’allègent encore d’une partie du tri en sous-traitant leur recyclage à des pays comme la Chine, l’Inde ou l’Afrique du sud.

Une pratique analogue à celle de la France, avec un petit bémol. Le recyclage du verre est efficace dans l’Hexagone. Celui des contenants progresse mais peut mieux faire.

L’organisation du tri des déchets organiques, en revanche, affiche encore un sérieux retard. Quelques collectivités se sont pourtant orientées vers une politique volontariste comme le Grand Besançon et la Porte d’Alsace (Haut-Rhin). Après avoir fait une tentative avortée d’implantation en France au début des années 2000, le mouvement Zéro Waste France a été lancé début février 2014 à Bobigny. Le ministère de l’Écologie a rétorqué en annonçant, à son tour, le premier appel à projets* « territoires zéro gaspillage, zéro déchet ». 58 collectivités y ont déjà répondu. La France rattrapera-t-elle son retard ?

*http://www.developpement-durable.gouv.fr/Laureats-des-20-territoires-zero

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