Services mobiles sans contact : bientôt dans toutes les bonnes villes numériques

Séverine Cattiaux
Services mobiles sans contact : bientôt dans toutes les bonnes villes numériques

nfc

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Quatorze territoires ont obtenu des financements de l’État pour mettre en place les services mobiles sans contact de demain. Pour quoi faire ? Au service de qui ? Petit tour d’horizon…
Quels sont les services que mettent en place les quatorze territoires pilotes en matière de services mobiles sans contact ((Deuxième appel à projets « Ville Numérique » : 66 millions d’euros de financement public (40 millions d’euros par les acteurs publics locaux/26 millions d’euros d’aides de l’État).)) ? Pour 67 % d’entre eux, des services de transports et mobilité (vélopartage, autopartage, billettique), pour 19 % des services aux citoyens (carte de vie citoyenne, accès bibliothèque, piscine, déchetterie, restauration scolaire…). 9 % touchent des services liés au tourisme (pass touristique dématérialisé, accès ski, parcours culturels dans la ville) et 8 % d’autres services (santé, commerçants, pass étudiants)…

Créer de nouvelles habitudes

Caen est le pays du NFC ((Near Field Communication, soit « communication en champ proche ».)) : le premier service mis en place par l’agglomération de Caen date de septembre 2012. Un service relativement basique… En flashant un tag NFC avec son smartphone, l’usager connaît l’heure de passage précise de son transport en commun préféré dans l’une des 1 045 stations de bus et de tram… « Ça n’a l’air de rien – et ce n’est pas très compliqué à faire techniquement – mais en démarrant par ce service, nous avons créé une nouvelle habitude, initié des gens à se dire : il y a des endroits dans la ville, l’agglo, où, quand je veux de l’information en plus, si je vois ce petit logo, j’approche mon téléphone ; le service public va me donner les informations qu’il faut… » explique Pierre-André Martin, directeur de l’organisation des systèmes d’information et de l’innovation numérique à Caen agglomération. Le service a enregistré 1 000 connexions le premier mois. Après deux ans, on a passé la barre des 20 000. Le service est évidemment gratuit pour les usagers. C’est un projet qui a été financé par Caen La Mer et Viacités, l’autorité organisatrice des transports.

Full or not full NFC…

« Le concept de base des divers services mobiles sans contact, c’est de dire : on met à disposition de la population, mais aussi des touristes, des congressistes, un assistant numérique pour leur faciliter la vie » explique Emmanuel Coux, pilote du projet « Mon Groom » pour l’agglomération grenobloise. Première étape : s’affranchir de la « lourdeur » d’acheter des billets, de faire la queue, et/ou de retourner son sac à main, parce qu’on ne retrouve pas son ticket de transport… Depuis juin 2013, Twisto, le réseau transport urbain de l’agglomération de Caen est équipé d’une billettique « full NFC ». « Ce qui veut dire que l’on peut valider son « e-ticket », même quand le portable est à plat, parce que les billets sont « logés » dans la carte Sim – la partie la plus sécurisée du téléphone » explique Pierre-André Martin.Full ou pas full ? Deux écoles en présence… « Le full préfigure vraiment la billettique de demain. Toutes les villes et autorités y réfléchissent, la différence est qu’ici, on la fait ». Pour mettre au point le service, les opérateurs sont forcément dans le coup, devant s’assurer de la compatibilité des cartes Sim des différents constructeurs… Le service Twisto NFC a démarré avec Orange, et s’élargira aux autres opérateurs dès qu’ils seront prêts.À Grenoble, on a souhaité rester indépendants des opérateurs pour la phase de test. « C’est une solution moins coûteuse qu’une solution « Sim-centric », explique Olivier Lehé, chargé d’étude à la direction de l’exploitation des réseaux de transport Métro-SMTC de l’agglomération grenobloise. « On s’affranchit d’une trop forte interaction entre le téléphone et des bornes de validation, l’interaction se fait entre le téléphone et des petites pastilles ». Autre option prise par Grenoble : proposer du post-paiement­ « très demandé par les élus ». Le post-paiement permet de faire bénéficier le voyageur occasionnel de la meilleure offre en fonction de sa consommation.

Cartes de vie citoyenne

En termes de services citoyens, les collectivités ont pensé à des tags NFC « participatifs » pour signaler les dysfonctionnements de services publics (Rennes Métropole), à des tags NFC de guidage pour les personnes à mobilité réduite (Mulhouse Alsace Agglo), à des « bons plans » à flasher chez les commerçants (Caen La Mer), à des paiements NFC dans les hôpitaux à Marseille…À Lille Métropole, Bordeaux Métropole, Caen agglomération, dans l’agglomération grenobloise… on prépare même des plateformes complètes de services publics NFC. Le support ? Une carte NFC, ou le smartphone NFC, permettrait de valider sans contact : entrées piscine, musée, théâtre, etc., d’horodater les interventions de services à la personne, de flasher tous les tags NFC d’informations dans la ville (agendas, etc.)… Les territoires parlent de « carte de vie citoyenne ». Les études de faisabilité sont en cours… car les difficultés techniques de compatibilité en tout genre existent. Or, il faut rester sur un prix raisonnable. Des options sont à prendre. Est-ce que cette carte fera aussi office de carte de transport ?Autre point de vigilance : construire « des containers data thématiques » comme l’exige la CNIL. A priori, les collectivités savent faire : « dans le milieu du transport, nous sommes très contrôlés par le CNIL… Des règles ont été définies assez clairement : nous n’avons pas le droit de créer de la perméabilité entre les bases de données transport et les bases de données vie quotidienne… » déclare Agnès Delarue, directrice de l’exploitation des réseaux de transport Métro-SMTC de l’agglomération grenobloise.

SERVICES NFC : ON CHAMBOULE LES USAGES ? Pierre-André Martin, direction de l’organisation des systèmes d’information et de l’innovation numérique à Caen agglomération « Quand vous avez 60 % des concitoyens qui ont Internet dans la poche (et la plupart un smartphone NFC), cela interroge sur la manière dont vous rendez le service… Le moins que l’on puisse faire, c’est de s’emparer de cette question, et cela conduit à imaginer de nouveaux services, dont la carte de vie quotidienne, un pass commerce tourisme […] Il ne suffit pas de transposer des services Internet sur de l’Internet mobile. La logique d’utilisation n’est plus du tout la même. »

Laurence Allard, enseignante-chercheure, sociologue de l’innovation « Les usages du NFC seront probablement, comme à chaque fois qu’une nouvelle technologie voit le jour, détournés de l’intention des prescripteurs. Par exemple, chez les personnes âgées, c’est l’usage « sans code » qui les intéresse… Lors de mon enquête à Strasbourg, je n’ai pas noté de frein à l’utilisation du NFC, mais une réticence, par rapport à l’idée de centraliser beaucoup d’informations dans son smartphone ou sur une carte de vie numérique… Ce n’est pas l’usager qui doit être « mis » dans la carte, mais les services : c’est ce discours-là, qui sera acceptable […] La question de la sécurité ? Oui, elle revient de temps en temps, mais il s’agit d’un discours souvent repris et tout fait. »

Agnès Delarue, directrice de l’exploitation des réseaux de transport Métro-SMTC de l’agglomération grenobloise « Le basculement va se faire très progressivement… Pendant l’année 2015 nous serons en observation, nous serons aussi dans une période préalable de renouvellement de notre système de billettique… On aura des choix à faire : conserver le billet magnétique ou passer au tout sans-contact. Le projet « Mon groom » tel que nous l’avons conçu permet de tester le NFC, sans surinvestir, et de mettre en place rapidement le post-paiement, sans avoir d’intervention très lourde sur le système billettique. »

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