Signal d’alarme sur l’Afrique

Julien Damon

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Signal d’alarme sur l’Afrique

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© Anton Chalakov

Pour Serge Michailof, fin connaisseur du continent et des politiques d’aide au développement, le continent africain, et singulièrement le Sahel francophone, sont très mal partis. Les tendances économiques, les inerties démographiques et les déflagrations violentes appellent donc à réviser « notre afro-optimisme ». Mais ses constats chocs sont accompagnés de propositions fortes.

Le monde s’est bercé, ces dernières années, d’un afro-optimisme que les tendances économiques, les inerties démographiques et les déflagrations violentes appellent à réviser. Serge Michailof, ancien de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement, observe que l’Afrique va globalement mieux. Mais il souligne que quelques chiffres flatteurs sur les PIB ne sauraient masquer les gigantesques problèmes actuels et, surtout, ceux qui se profilent.

Crises en cours et à venir

Bourlingueur de terrains compliqués, l’auteur jette un gros pavé dans plusieurs mares. Celle du tableau enjolivé du décollage de certains pays, celle de l’efficacité de l’aide au développement, celle des perspectives migratoires et des capacités d’intégration. Serge Michailof, qui recourt souvent à la première personne, donne certainement trop de bons et mauvais points personnels. Mais il fait mouche. D’abord en rappelant les réalités et les projections. L’Afrique subsaharienne a vu sa population multipliée par 7 au XXe siècle. Elle pourrait encore doubler à l’horizon 2050 pour atteindre 2 milliards d’individus. Serge Michailof insiste sur le cas du Niger dont la population, dans 35 ans, serait plus de 20 fois supérieure à ce qu’elle était en 1950.

« Le chômage massif de jeunes à demi scolarisés constitue, bien avant l’endoctrinement djihadiste, la première explication de l’effondrement dramatique de pays tels que l’Afghanistan, la Syrie, le Yémen, l’Irak. » (extrait)

En Afrique, le chômage de masse s’étend dans un contexte de corruption effrénée, de développement urbain anarchique et de monnaies (franc CFA en particulier) surévaluées. Au parasitisme d’organisations prédatrices (dans les hautes sphères comme dans la police quotidienne), ne répondent en rien des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont étonnement oublié les zones rurales (alors qu’elles accueillent jusqu’à 80 % de la population dans le Sahel).

Et les nouveaux Objectifs du développement durable (ODD) pèchent par leur bureaucratisation et leur oubli des sujets fondamentaux de la maîtrise de la fécondité et du développement rural. Avec tout cela, la dégradation de la zone sahélienne pourrait dégénérer en un nouvel Afghanistan (d’où le titre de l’ouvrage), avec un cocktail de drames humanitaires, de désastres environnementaux, et d’attaques terroristes.

Cri d’alarme et plan Marshall

Serge Michailof veut bousculer les habitudes et les rentes.

Première priorité : soutenir des programmes de planification familiale visant, au moins, l’espacement des naissances.

« Pour les pays sahéliens en proie à une croissance démographique qui les bloque dans la pauvreté, il n’y a aucune alternative s’ils veulent éviter l’effondrement malthusien qui les guette. » (extrait)

Deuxièmement : investir dans l’agriculture familiale, susceptible de créer des emplois, et pas uniquement dans les infrastructures urbaines. Il faut certes combattre la « bidonvillisation » extrême des métropoles africaines, mais il ne faut pas abandonner les zones rurales. Au contraire, le soutien à l’électrification en milieu rural (10 % des habitants du Niger ont accès à l’électricité) s’impose. Autre ambition : consolider les institutions régaliennes et les armées nationales.

« Bien naïf celui qui croira que la charité et les interventions militaires suffiront à éteindre l’incendie qui couve dans ces zones déshéritées. » (extrait)

Serge Michailof aspire également à « changer le logiciel » de l’aide au développement. L’aide française au développement, que l’expert décortique, est aujourd’hui trop caritative. Elle doit redevenir plus géopolitique, appuyée sur un puissant ministère de la Coopération. L’un des principaux défis sera aussi de voir l’Europe et la France se saisir vraiment de l’ensemble de ces questions et pas uniquement à partir de l’une de leurs très importantes conséquences : la légitime préoccupation sécuritaire. Au total, un livre captivant avec des thèses radicales.

Serge Michailof, Africanistan. L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ?, Fayard, 2015, 366 pages, 22 euros.

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