Spectacle vivant : comment les mutations nous amènent-elles à travailler autrement dans les territoires ? (2)

La Rédaction

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Je poursuis cette semaine le compte rendu de quelques interventions tenues lors des Journées thématiques de la Scène à Toulon, notamment la table ronde animée le 16 novembre dernier par Anne Quentin.

Françoise Dastrevigne est venue présenter le Chantier à Correns (Var, 800 h), un lieu de création consacré aux nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde,  qui propose depuis 2002 à des musiciens et des compositeurs un espace d'accueil et un environnement professionnel pour accompagner et valoriser leur démarche artistique de création. Entre mémoire et modernité, c'est un outil de découverte, une sorte de laboratoire expérimental. Cet organisme est né de la jonction de la culture et du lien social. Les villageois ont été impliqués dès le départ dans le temps fort de l'association, le festival  "les Joutes musicales de printemps" qui se déroule à chaque week-end de Pentecôte depuis 1997 (plus de 100 bénévoles). Malgré tout, F. Dastrevigne se demande comment conserver cette dynamique à l'heure du professionnalisme, et aussi ce qui reste chez ces quelques 100 bénévoles du projet artistique, à l'issue du festival. Un projet de collectage participatif a été réalisé pour faire parler, aller creuser la mémoire...

Philippe Saunier-Borell a ensuite témoigné de l'activité de Pronomade(s) en Haute-Garonne (sur 8 com com et 2 Pays), un centre national des arts de la rue qu'il codirige : « Pendant au moins dix ans, on se disait qu'on travaillait pour les gens, on se voyait missionnaires et même conquistadors ». Même s'il prend la forme d'une saison, durant laquelle elle accompagne des créations, son équipe porte désormais un projet de développement territorial, un territoire de vie et d'engagement. Les projets participatifs sont des moyens de casser le triptyque création/diffusion/action culturelle.Par exemple, il y a quelques années, Le Phunavait installé son projet Les Pheuillus à Lourde (Lourde sans « s »). Quand la compagnie n'était pas présente, c'étaient les 80 habitants du village eux-mêmes qui,  s'étant complètement approprié le projet,  le narraient aux visiteurs. De l'art de rendre évidente la nécessité d'un projet artistique là où les gens vivent : « Un bon projet culturel de territoire, c'est un projet à hauteur d'homme".

Emmanuel Wallon a conclu ces Journées en évoquant les grandes problématiques actuelles. Le contexte d'abord : des dynamiques contradictoires qui traversent les territoires ; uns spatialisation de la vie sociale, même quand il y a mobilité sociale ou migrations ; des limites géographiques à partir desquelles se joue toujours la reconnaissance politique ; des pratiques numériques qui conduisent à une atomisation des consommateurs ; enfin une hyper-spécialisation des réseaux professionnels qui sont concernés de la même manière mais hélas abordent de façon séparée les défis actuels, tandis que de nombreux lobbies s'intéressent d'une autre manière aux usagers...

Entre le marché et l'Etat, il y a la société : la recomposition des familles (leur éclatement) ;  la séparation des espaces e consommation et de production ; le dérèglement des rythmes (temps de transport pour se rendre au travail) et des flux (domination des producteurs).

La métropolisation apparait depuis la moitié des années 80 comme une réponse politique, cf. la notion de ville créative (Richard Florida) fait florès, mais pour quelques succès flamboyants, elle a aussi un effet « laminoir » : les mégapoles cumulent les très grands équipements et les très grands évènements, sa         ns prendre en compte les petits équipements, au risque de désorganiser le système (villes moyennes, périphéries urbaines, espaces interstitiels...). La logique de concurrence exacerbée entre les territoires peut aboutir au délaissement des zones périphériques.

Par ailleurs on s'est centré sur les équipements , chacun a traité de sa spécialité, et on a privatisé certains quartiers ou banalisé certains espaces chics (avec des effets de boboisation, de ghettoïsation, de gentrification)...  pendant qu'on délaissait d'autres quartiers et qu'on abandonnait de vastes espaces à la grande distribution. Il convient donc d'encourager les politiques qui essayent de lier architecture intégrée et paysage, de faire de la ville un espace de critique,  de cultiver les friches et de développer des résidences longues, d'accueillir l'alternative, de croiser l'initiative locale à l'intérêt général...

Autant d'analyses et d'expériences qui ouvrent la voie à de nouvelles manières de mettre en oeuvre les politiques culturelles de demain, avec les habitants et de façon plus participative que par le passé.

François Deschamps

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