Tourisme : big-bangs en série

Eric Landot

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Tourisme : big-bangs en série

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© Alexi TAUZIN

Face à la révolution des pratiques numériques, l’office de tourisme municipal classique doit évoluer ou mourir. Ça tombe bien, l’intercommunalisation obligatoire décrétée par la loi « Notre » donne l’occasion à chaque territoire de repenser « son » tourisme. L’enjeu n’est pas que symbolique : il peut rapporter gros au territoire.

Le tourisme s’individualise et pourtant il se massifie. Les modes de réservation, de préparation des voyages, ont été révolutionnés par le numérique et par de nouvelles pratiques commerciales. L’office de tourisme municipal classique se trouve obligé de se repenser ou d’entrer en désuétude. Dans ce cadre, l’intercommunalisation obligatoire pour 2017, en vertu de la loi « Notre » du 7 août dernier, s’impose comme l’occasion, pour chaque territoire, de repenser « son » tourisme.

L’emploi au-delà de l’économie

Le tourisme représentait 7,3 % du PIB national en 2012 (41,7 milliards d’euros de recettes : un tiers de plus que l’énergie ou que l’agriculture ; presque quatre fois plus que l’automobile…), avec plus d’un million de personnes directement employées, avec de nombreux emplois peu qualifiés (denrée rare dans notre pays…).

Le tourisme représente 41,7 milliards d’euros de recettes : un tiers de plus que l’énergie ou que l’agriculture ; presque quatre fois plus que l’automobile…

Comme l’écrit justement Laurence Jégouzo, avocate en droit du tourisme : « le tourisme est une activité économique particulière puisqu’elle ne peut pas – par essence – être délocalisée […].

Le tourisme repose essentiellement sur les acteurs privés locaux. Toutefois les collectivités territoriales ont également une fonction importante d’encadrement et d’impulsion pour stimuler le tourisme » (www.univ-paris1.fr).

Un enjeu symbolique

Mais pour les collectivités, à cette fonction s’ajoute un enjeu symbolique pour les territoires : c’est son identité que l’on brandit, que l’on valorise. Non sans difficultés toutefois, en droit des marques notamment.

Et chacun de tenter d’attirer le touriste en évitant les ravages d’un certain tourisme de masse… de celui qui faisait dire à Eugène Green que « le tourisme m’apparaît comme une forme moderne de la peste, s’abattant sur un lieu et s’attaquant sans distinction à toute espèce de vie » (La Bataille de Roncevaux, 2009).

Philippe François, Consultant Stratégie des destinations touristiques & offices de tourisme – François-Tourisme-Consultants : « Il faut agir vite »
Qu’attendez-vous de cette réforme ?
« Une impulsion pour la reconstruction d’une stratégie touristique en France. De nombreux territoires se sont assoupis sur leurs acquis touristiques. Cependant, les marchés évoluent, les exigences des touristes tout autant, et notre patrimoine d’accueil vieillit ! ”

N’êtes-vous pas un peu pessimiste ?
« Non. À la condition d’agir vite. Car la France perd son tourisme. La loi « Notre » du 7 août dernier doit être considérée pour les élus locaux comme une opportunité à une nouvelle stratégie de développement du tourisme. »

Mais avec quels changements pour les offices ?
« Longtemps considéré comme relevant de bénévoles dans leurs syndicats d’initiative, le tourisme a souvent été géré dans le passé en « bon père de famille ». À présent, nous sommes devant une industrie touristique, en termes d’organisation, de capitaux investis, d’emplois offerts et de management. Ce secteur, devenu complexe, ne saurait être piloté par des non-professionnels : le tourisme, c’est un métier. »

Deux révolutions

À chaque territoire de bâtir sa stratégie touristique et de gérer, de front, deux révolutions :

- la révolution des pratiques touristiques (courts séjours ; révolution numérique ; évolutions commerciales rapides…)… combinée à l’évolution très rapide, à une échelle mondialisée, des identités touristiques, des images des territoires. Ces bouleversements conduisent souvent à devoir repenser, vite, les pratiques et les organisations des offices de tourisme ;
- l’intercommunalisation de la compétence promotion du tourisme, obligatoire en 2017, et qui oblige à repenser le point de savoir qui fait quoi, à quelle échelle, avec ou sans gestion des sites, etc.

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