Tourisme : "Il faut savoir tirer parti de l’intercommunalisation"

Eric Landot

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Laurent Struna, consultant "Stratégie des destinations touristiques & offices de tourisme" chez François-Tourisme-Consultants, analyse pour nous les conséquences de la réorganisation de la compétence tourisme au sein des collectivités.

Quel est l’intérêt de cette réforme pour le consultant tourisme que vous êtes ?

En premier lieu, cette réforme apporte un premier élément de réponse à la notion de « territoire touristique pertinent » en élargissant les bases géographiques permettant d’avoir une vision orientée client, qui se moque bien de nos frontières administratives. Dans la très grande majorité des cas, les visiteurs touristes viennent en vacances à Chamonix sans trop savoir s’ils seront logés aux Houches ou à Saint-Gervais. Le territoire touristique pertinent gravite autour de la ville phare qu’il conviendra de positionner comme porte d’entrée. La communauté peut être ce territoire pertinent mais, parfois, elle peut encore s’avérer insuffisante et devra envisager la promotion touristique à une échelle intercommunautaire (une centaine en France).

Permettra-t-elle de rationaliser l’organisation territoriale ?

Oui, cette réforme doit y conduire en mutualisant les points d’accueil. Est-il encore raisonnable de conserver un office de tourisme qui accueille une vingtaine de visiteurs par jour ? Probablement pas, étant entendu par ailleurs que l’information est disponible sur Internet. L’information, mais pas le conseil ! Ainsi, la possibilité de conserver ou de créer des bureaux d’information touristique ouverts quelques mois dans l’année dépendant d’un OT communautaire permettra de répondre aux fortes sollicitations saisonnières et de conserver une vitrine touristique à laquelle élus et habitants peuvent être sensibles…

Cette réforme doit permettre de réaliser de vraies économies d’échelle, de professionnaliser son accueil et sa promotion touristique.

Enfin, cette réforme doit permettre de réaliser de vraies économies d’échelle, de professionnaliser son accueil et sa promotion touristique, d’intensifier sa mise en marché, la structuration de son offre en cette période de raréfaction de l’argent public et de concurrences très fortes d’opérateurs du numérique (Google, Airbnb, Trip Advisor, Booking, pour n’en citer que quelques-uns).

Mais une commune à forte notoriété touristique ne risque-t-elle pas de se « retrouver noyée » dans une organisation plus large ?

Effectivement de nombreuses communes touristiques (souvent en opposition avec l’EPCI) remettent en cause ce texte de loi. C’est le cas en particulier de stations touristiques monodépendantes de l’activité touristique qui mettent en avant le risque de voir minimiser l’intérêt communautaire de leur activité par les autres communes et devoir en permanence se battre pour faire valoir ses projets. Ces communes estiment, à juste titre, que le tourisme est une activité transversale et que son développement passe par la maîtrise de compétences encore largement communales comme le logement des saisonniers, l’exploitation des remontées mécaniques, l’entretien des plages, l’événementiel ou la circulation…

Le législateur a prévu la possibilité de conserver des offices de tourisme distincts à l’échelle des communes, sous réserve d’une réelle existence touristique.

Devant un lobbying actif des associations d’élus, le législateur a ainsi prévu la possibilité de conserver des offices de tourisme distincts à l’échelle des communes, sous réserve d’une réelle existence touristique. Mais les obligations « d’intercommunaliser » les exécutifs des OT, de mettre en œuvre une stratégie de mutualisation et la perte de compétence en matière de promotion, comme le devenir du bénéfice de la taxe de séjour, risquent de dissuader bon nombre de stations de faire cavalier seul (mais n’était-ce pas le but recherché ?) et engendrer de vraies difficultés dans la gouvernance touristique…

Laurent Struna,
l.struna@francoistourismeconsultants.com

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