Traité de démo-écologie

Julien Damon

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Ce très efficace « Repères », à couverture verte, présente une analyse démographique de la question environnementale. Le thème central est celui de l’impact des modes de vie humains, avec un pluriel qui permet de dépasser le singulier de la population, sur la planète. Un ouvrage de synthèse captivant.

Relisant d’abord les classiques, avec une précision érudite, Jacques Véron (qui est directeur de recherche à l’INED) présente les évolutions des pensées pro-anti-néo-malthusiennes et celles qui s’inquiètent de la bombe P (pour Population). Démêlant le pamphlet de l’analyse rigoureuse, il traite de la pression humaine sur les ressources de la terre. Plus précisément, du poids des comportements sur les biens communs.

L’interrogation capitale, et assez ancienne, est de savoir combien d’habitants la terre peut faire vivre.Cela revient à connaître la capacité de charge de la planète ou encore sa population limite. Parmi les multiples modèles qui ont été développés pour approcher ce thème, sans forcément aboutir à des chiffres définitifs sur l’optimum ou l’équilibre de population, figure l’équation I = PAT. L’Impact sur la planète est fonction de la Population, des différences d’Abondance et du progrès Technique.

Un sujet de classes de consommation

Jacques Véron rapporte les travaux d’experts qui distinguent trois « classes écologiques », dites aussi « classes de consommation », ou « classes socioécologiques » : les pauvres, les consommateurs, et, entre les deux, la classe moyenne. Ces groupes se différencient aussi bien par leur régime alimentaire que par leur mode de transport, leur habitat, ou les biens qu’ils consomment. Les pauvres, caractérisés par une nourriture insuffisante, l’absence d’accès à l’eau potable, des déplacements à pied, se distinguent d’une classe moyenne qui se caractérise par un accès aux céréales et à de l’eau non polluée, des déplacements en transport en commun (ou à vélo) et des équipements en biens durables. La classe des consommateurs regroupe les d’individus qui consomment de la viande et des produits emballés, roulent en voiture individuelle, privilégient les objets jetables. Dans ces approches, le problème essentiel, pour l’environnement, n’est pas celui de la croissance démographique, mais celui des comportements de consommation des plus aisés, voire de la classe moyenne qui accède à une certaine aisance.

L’auteur extrait du célèbre rapport Brundtland de 1987 (qui fixe la définition du développement durable) une formule simple : « Si la terre est une, le monde ne l’est pas ». Il s’ensuit que l’extrême richesse, par des niveaux de consommation excessifs, comme l’extrême pauvreté, par l’impossibilité de tenir compte de la fragilité des équilibres naturels, sont défavorables à l’environnement.

Un must read

L’ensemble, en 128 pages, permet une présentation à la fois claire et large de nombreux sujets contemporains : de la mesure des externalités à la synthèse des perspectives des multiples conférences internationales en passant par des observations sur les politiques indienne et chinoise de population ou encore sur l’urbanisation, le droit à l’alimentation, le réchauffement des eaux, le recyclage des déchets (et les « conflits de précarité » que ces activités amènent), les réfugiés écologiques. Jacques Véron propose également quelques réflexions fondamentales sur la justice climatique. S’il souligne, pour finir, que rien n’est inéluctable, il estime qu’une stabilisation rapide de la population mondiale est non seulement souhaitable mais en réalité indispensable.

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