Travailler, c’est tricher

Frédérique Debout

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D'un côté, l'organisation du travail, avec les fiches de postes, les procédures et les règles de fonctionnement. De l'autre, le savoir-faire du salarié, son aptitude à s'adapter en fonctions des circonstances. Le manager, lui, doit trouver l'équilibre entre respect des règles de travail collectif et reconnaissance personnelle de l'agent...

Article publié le 14 novembre 2013

Le travail c’est avant tout ce qu’implique le fait de travailler: des gestes, des savoir-faire, un engagement du corps et de la subjectivité, le pouvoir de sentir, réfléchir, penser, inventer etc. La caractéristique majeure du « travailler », c’est que même si l’organisation est rigoureuse, la qualité ne peut être atteinte en suivant scrupuleusement les prescriptions, parce que la situation de travail est faite d’imprévus et d’aléas que l’on ne peut pas anticiper. Il n’y a pas de travail de pure exécution et sans triche !

Être plus qu'un simple exécutant

Travailler, c’est combler l’écart entre ce qu’on me demande de faire et ce que je dois surmonter pour y parvenir : cela ne peut jamais être prévu assez tôt.

Pour qu’un outil ne casse pas, il nécessite un savoir-faire particulier pour être manipulé sans chauffer et donc sans entraîner d’arrêt du travail.

Dans les services, à l’accueil dans une collectivité ou dans un service social dans un conseil général, l’incertitude de la situation de travail sera dépendante de la relation qui va se créer entre le professionnel, l’agent d’accueil ou l’assistant social et l’administré ou l’usager.

Ce qui est difficile pour le management, c’est d’évaluer cet écart dans lequel le travailleur s’est investi pour que cela marche, parce qu’il est invisible.

Suivre les prescriptions à la lettre désorganise le travail, c’est la « grève du zèle » qui vient paralyser l’organisation du travail… Ce « plus » apporté par le travailleur échappe à la prescription et même à la quantification de l’activité. On met toujours de soi dans ce que l’on fait, même dans des tâches très standardisées ; il faut toujours faire preuve d’ingéniosité et d’inventivité, quelle que soit la tâche.

Ce qui est difficile pour le management, c’est d’évaluer cet écart dans lequel le travailleur s’est investi, pour que cela marche, parce qu’il est invisible. Il faut donc ouvrir le dialogue avec son collaborateur pour comprendre ce qui s’est réellement passé, comment il s’y est pris. C’est le seul moyen de pouvoir lui faire un retour sur le travail effectué, et reconnaître son travail.

Lire aussi : Le travail, c'est la santé mentale

Une coopération effective

Pourtant, que se passerait-il si chacun de son côté mettait en œuvre sa propre intelligence selon ses propres goûts ? Si chacun y allait de son idée personnelle ? Cela pourrait entraîner une profonde déstabilisation du collectif de travail. C’est donc le manager et/ou les collègues qui vont pouvoir décider si la manière de s’y prendre est pertinente, c’est-à-dire si elle peut devenir une règle qui serait partagée par tous les membres de l’équipe. Cette règle servira alors à articuler les intelligences entre elles.

Au-delà des règles données par la collectivité (ici on travaille de telle façon, il y a des procédures à appliquer…), d’autres règles vont donc être construites entre les personnes au travail. À la coordination prescrite, les travailleurs répondent par la coopération effective.

Les managers doivent comprendre que les règles prescrites doivent être revues et ajustées par les individus au travail.

C’est important que les managers comprennent que les règles prescrites doivent être revues et ajustées par les individus au travail. Cet écart entre prescrit et réel est fondamental car c’est là que se logent lintelligence créative et la motivation des gens. C’est en laissant aux sujets cette marge pour déployer leur ingéniosité que l’entreprise ou la collectivité leur accorde de l’autonomie, qu’elle participe à la mise en place des conditions sociales d’un travail de qualité et du plaisir au travail.

C’est le premier pas vers la reconnaissance du travail de l’autre, la prévention des conséquences délétères pour la santé de la souffrance au travail, l’enthousiasme collectif et l’épanouissement de tous.

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