Un commandant jugé pour harcèlement moral après un suicide

Christine Cathiard

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Le procès du commandant de la frégate "La Fayette" Eric Delepoulle, poursuivi pour harcèlement moral après le suicide à bord d'un sous-officier en 2010, a débuté lundi après-midi devant la chambre des affaires militaires du tribunal correctionnel de Marseille.
Arrivé au tribunal en civil, la mine sombre, le militaire de 43 ans a discrètement salué les parties civiles déjà assises dans la salle d'audience, soufflant un "bonjour" du bout des lèvres, sans obtenir de réponse. Dès le début de l'audience, la présidente Lucie Chapuis-Bérard a fait remarquer au prévenu sa tenue de civil, contraire aux "principes", avant de lire les motifs de renvoi devant le tribunal. Martine Wancke, la mère de Sébastien Wancke, la victime, a espéré que la justice passe en "l'honneur" et "à la mémoire" de son fils, et "surtout pour que plus aucun commandant ne recommence, (...) que la marine ait plus la main sur ses commandants".
 "C'était le roi à bord, il faisait ce qu'il voulait de ses hommes", a-t-elle dénoncé.
Le second maître Sébastien Wancke, un jeune homme de 32 ans originaire de Saône-et-Loire, a été retrouvé le 15 juin 2010 pendu à bord, alors que la frégate "La Fayette" se trouvait au large de la Sicile. Durant l'instruction, tous les témoins ont décrit une atmosphère irrespirable à bord de cette frégate légère furtive, et raconté "des pressions permanentes" dans le huis clos d'une frégate devenue le "bateau de l'enfer".

Charge de travail intenable

Selon les membres d'équipage, le commandant, Eric Delepoulle, issu de l'école navale de Brest et à la tête de cette frégate depuis 2008, était connu, tant sur le navire qu'au dehors, pour son intransigeance et son "manque d'humanité". Le médecin de bord a même évoqué un gradé "se prenant pour Dieu à bord". D'après l'enquête, la victime faisait, quant à elle, face à un "rythme et charge de travail écrasants". Sous ses ordres depuis un an et demi, elle était surtout "aux premières loges pour recevoir les brimades du commandant", a indiqué l'avocat de sa famille, Me Jean-Jacques Rinck. En charge du carré du commandant, "il était son larbin".

Deux ans de prison et 30 000 euros d'amende

M. Delepoulle est aussi poursuivi pour des faits similaires à l'encontre d'un autre marin, également partie civile, le maître Olivier Berger, chef de cuisine, qui a développé un psoriasis. Les faits reprochés datant de 2010, il encourt un an de prison et 15.000 euros d'amende. Depuis, la loi a été modifiée et a porté la peine encourue pour des faits similaires à 2 ans et 30.000 euros d'amende.

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