Un problème ? Créez une collectivité !

Nicolas Braemer

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La création des métropoles est-elle la solution dans la lutte contre les fractures territoriales ou ne se limitera-t-elle pas à n'être qu'un échelon de plus sur notre territoire ?
Le législateur français a une fâcheuse habitude : à chaque fois qu’un problème de fond fait irruption dans le débat public sur des questions de développement du territoire, il répond par la création d’un nouvel outil institutionnel.Les exemples ne manquent pas, pour le meilleur et pour le pire : depuis les lois de décentralisation de 1983, on a ainsi créé (dans le désordre) les établissements publics de coopération intercommunale, les pôles métropolitains, les syndicats intercommunaux à vocation unique et les mêmes à vocation multiple, les pays…Aujourd’hui, nous voilà en phase de création des métropoles, nouvel échelon (quoi qu’on en dise) destiné à tenter de gérer nos grands ensembles urbains, réparer la fracture territoriale et assurer la gouvernance des trois plus grandes agglomérations françaises.Ici, et c’est une nouveauté qu’il faut saluer, ce nouvel échelon ne se surajoute pas aux autres préexistants mais les remplace dans l’exercice de certaines compétences et a donc vocation prendre leur place d’autres. Évidemment, voilà qui ne manque pas de susciter l’ire des élus locaux qui ne voient guère plus loin que leur petit pouvoir local. Sans leur emboîter le pas, on peut pourtant s’interroger sur les progrès que permettra ce nouvel outil dans la lutte contre la fracture territoriale.
La relégation des habitants de nos banlieues est probablement le principal fléau de la société française.
Il va de soi que les problèmes de déséquilibres du territoire ne datent pas de 1983 et constatons que la décentralisation a apporté la preuve de son efficacité dans la gestion des affaires de proximité. Mais soyons honnêtes : la montée en puissance des collectivités locales n’a en rien permis de réduire le formidable écart qui s’est créé entre l’est et l’ouest de l’Ile-de-France. Pas plus qu’elle n’a empêché de se créer de nouveaux déserts médicaux ou de service public dans certains « coins » urbains ou ruraux. Pas plus, enfin, qu’elle n’a empêché de se créer et de se renforcer les ghettos urbains de nos banlieues alors que la relégation de leurs habitants est probablement, disons-le haut et fort, le principal fléau de la société française.En son temps, le pouvoir gaulliste avait créé la Datar, outil certes d’État et de planification (à l’époque, ni l’un ni l’autre n’était un gros mot) pour tenter d’organiser et d’orienter la croissance des Trente glorieuses vers davantage d’équité territoriale.Peut-être serait-il temps aujourd’hui de changer de logiciel et de réintroduire un peu de planification dans le territoire français. Paradoxalement, c’est de Nicolas Sarkozy, pourtant grand libéral, que date, avec le Grand Paris, la dernière tentative de redonner à l’État la main dans l’organisation du territoire. Il s’était à l’époque heurté à la plus grande collectivité locale du coin qu’est la région Ile-de-France.

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