Une ruralité parfois en souffrance

La Rédaction

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L'heure est venue de « rentrer ».  Quand il peut être consacré à la réflexion, à l'épanouissement de l'esprit par des spectacles ou de simples rencontres, au fait de se retrouver soi-même, par exemple par le biais d'une expression artistique personnelle, le temps des vacances est davantage qu'un  temps de repos et de divertissement rendu indispensable après une année de travail fatigante.

C'est un temps de répit, mais aussi d'inspiration où puiser des ressources avant de reprendre une activité. Ce fut mon cas, mais avant de prendre de nouvelles responsabilités professionnelles qui m'éloigneront un moment du milieu rural, quelques mots sur un séjour dans les Basses-Cévennes, où l'environnement est exceptionnel, favorisé par un climat agréable.

Mais derrière le décor bucolique, certaines caractéristiques du territoire sont moins réjouissantes. Dans un article du « Monde diplomatique » d'août 2010 intitulé « Exode urbain, exil rural, des pauvres relégués à la campagne »,  les trois géographes Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier illustraient un phénomène national de paupérisation des campagnes par l'exemple de Ganges, cette petite ville de 4 200 habitants située à 40 kms au nord de Montpellier. Ils écrivaient : « La vie en ville devient un luxe. Certains ménages modestes n'ont pas d'autre choix que de s'exiler en milieu rural, où la rareté des emplois et des services publics aggrave la précarité à laquelle ils croyaient échapper ».

Ce contexte est analysé, chiffres à l'appui, dans le projet associatif 2011-2013 du centre socio-culturel l'Agantic de Ganges (synthèse, page 34) : « Plusieurs indicateurs, comme par exemple le taux de chômage, les risques d'isolement, le niveau de formation et de scolarisation après 15 ans, ou encore les conditions d'emploi, laissent ainsi entrevoir un profil qui n'est pas si éloigné de certaines zones urbaines dites sensibles. Le développement des actes d'incivilité et le sentiment d'insécurité exprimé par une partie des habitants encouragent encore la comparaison ». Et le directeur Fabrice Rieth d'ajouter : « L'accueil d'habitants en proie aux difficultés sociales et économiques, exilés des territoires urbains de plus en plus onéreux et donc élitistes, va probablement s'accroître dans les années à venir. »

Et c'est ce que j'ai pu constater cet été : j'ai habité au début des années 80 dans le centre historique de Ganges qui venait d'être totalement réhabilité, dans le cadre d'un programme exemplaire de logements sociaux, objet à cette époque d'articles dans le Monde, Marie-Claire, etc. Ces deux gros îlots, de 50 logements chacun, ont mal évolué depuis 30 ans : les "traverses " et cours intérieures qui en faisaient le charme, aujourd'hui devenues sales et  indignes, doivent faire l'objet d'un nouveau projet de rénovation urbaine en vue de leur restructuration (et de leur dé-densification).

Dans le Journal du CAUE de l'Hérault de décembre 2012, le maire explique : « Le centre urbain est composé de nombreux logements vétustes, insalubres, occupés par des populations qui viennent des départements et des communes alentours. Ces populations s'identifient très peu à la ville, elles sont là par hasard et souvent négativement. Elles n'ont pas fait le choix d'habiter Ganges, elles l'ont fait par exclusion et cela pose un problème important lorsque l'on veut travailler sur le centre ancien. Cette partie de la population ne côtoie pas l'autre, celle qui a les moyens d'habiter, soit à la périphérie de Ganges, soit dans les communes voisines ».

Dans un village d'une centaine d'habitants situé à 12 kms de là, à Gorniès, la population avait accueilli un fils de harki avec les attentions faites aux nouveaux arrivants, allant jusqu'à lui donner la préférence pour un appartement communal à loyer modéré.  Suite  à des loyers impayés, une ordonnance de la Cour d'appel de Montpellier résiliant le bail et ordonnant l'expulsion du couple a mis le feu aux poudres.  Pendant plusieurs années, des dégradations et des intimidations se sont multipliées,  le maire, l'ancien maire et plusieurs habitants n'ayant cessé d'être persécutés : l'attitude de ces deux personnes , tentant de se faire passer elles-mêmes pour des martyrs du fait de leur origine (bien qu'il s'agisse de la 2 ème génération), a réussi à créer dans le village un climat de peur et d'insécurité durable.  Ce couple (dont la femme se revendique royaliste sur les réseaux sociaux) a notamment été  soutenu par la Ligue du Midi, basée au Château-camping d'Isis dans le village voisin de St Julien de la Nef, affilié au Réseau populiste d'ultra droite Identités. Ce petit groupuscule, qui se propose notamment « d'enseigner l'identité aux lycéens »  et de « mettre en valeur nos cultures et traditions régionales », a par ailleurs vilipendé le maire du village voisin de Sumène et l'association organisatrice de la 16ème édition du festival des Transes Cévenoles , conçues au départ à l'initiative d'une bande de copains comme une alternative à la fête de village traditionnelle.

Aujourd'hui  à Gorniès, petit village sans service public ni commerce, le foyer rural qui était si dynamique au plan culturel il y a 30 ans est moribond, et aucun des conseillers municipaux n'a envie de se présenter pour se faire élire maire (le maire actuel, écoeuré, ne comptant pas se représenter).

Entre  un habitat dégradé et un climat délétère que d'aucuns s'évertuent à entretenir, le milieu rural est parfois dans un aussi triste état que certaines de nos banlieues...

François Deschamps

Photo FD : Gorniès

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