Urgence sur les conditions de travail

Nicolas Braemer
Urgence sur les conditions de travail

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© He2 - adobestock

Le débat sur les violence obstétricales pose crument la question des conditions de travail des personnels soignant. Et au delà de tous ceux qui rendent le service public. Comment, en effet, prendre soin des usagers quand personne ne prend soin de vous ? Il est urgent d'agir.

France Inter interrogeait longuement, début octobre, le professeur Israël Nisand sur ce qu’on appelle désormais les « violences obstétricales et gynécologiques » que subissent les femmes, notamment dans les maternités. La réponse du professeur Nisand nous pose, il me semble, d’urgentes questions.

 Les agents souffrent, ne leur demandez pas d’être gentils

Je souligne d’abord que le professeur Nisand est à mes yeux un homme bien : médecin gynécologue, il est le promoteur d’une contraception libre et anonyme pour les mineures, qui permette d’enrayer la forte augmentation des avortements chez les très jeunes filles. Il a monté, à Strasbourg où il exerce, un dispositif « Info Ado » qui permet depuis douze ans aux jeunes Alsaciennes de consulter, de se faire prescrire anonymement une contraception. Dans les zones où ce processus est appliqué, il a permis de diviser par deux le nombre d’IVG. Il lutte par ailleurs pour limiter l’exposition des enfants aux contenus pornographie. Sujet majeur s’il en est.

On ne peut pas justifier les violences faites aux patients par les conditions de travail de ceux qui administrent des soins

Mais voilà, lorsqu’on lui parle de « violences obstétricales et gynécologiques », il répond que « la gynécologie est une profession d’une énorme pénibilité ». Il trouve, et c’est à son crédit, « très bien que les femmes libèrent leurs paroles », mais, et c’est là que j’ai un souci, ajoute : « quand un obstétricien a fait cinq césariennes dans la nuit, et qu’il a brancardé lui-même des patientes, il ne faut pas lui demander d’être gentil au petit matin ».

L'enfer des services publics

Comme j’ai souligné l’estime que je portais au professeur Nisand, je peux aussi souligner ce qui me choque dans cette réponse.

 On ne peut pas mettre en avant les conditions de travail de ceux qui administrent des soins pour justifier les violences faites aux patients. De la même manière qu’on ne devrait pas expliquer les violences policières par le manque de personnels ou d’éventuelles violences aux enfants par les difficultés de travail des Atsem.

La souffrance des agents comme celle des usagers est telle qu’il faut agir, et vite

C’est particulièrement vrai en matière de santé ou d’enfance et de petite enfance, mais c’est valable pour tous les services publics : les logiques comptables, les manques de personnels, les impasses managériales, l’insouciance quant aux conditions de travail des agents d’une part et aux conditions d’accueil des usagers d’autre part, rendent la situation actuelle de certains services publics tout à fait insupportable. La souffrance des agents comme celle des usagers est telle qu’il faut agir, et vite.

Changer de logique, et vite

Oui, donc, on peut demander à un obstétricien, mais aussi une Atsem, un professeur, un policier, un agent d’accueil, une assistance sociale, un agent des impôts, une infirmière… d’être « gentil ». Et il faut que les conditions de travail permettent cette « gentillesse ». Il convient d’inverser complètement la logique actuelle : parce que les usagers doivent pouvoir être reçus, et encore plus éduqués et soignés, dans des conditions humaines et dignes, il faut que les fonctionnaires travaillent dans de bonnes conditions et que leurs managers soient compétents.

Encore une fois, c’est urgent.

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