Vive les 35 heures !

Nicolas Braemer

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"Les 35 heures sont une des meilleures réformes faites par un gouvernement" : tribune du rédacteur en chef de La Lettre du cadre pour le maintien des 35 heures dans le privé comme dans le public et contre le procès qu'elles subissent aujourd'hui.
Depuis plusieurs années, on a maintenant pris l’habitude d’attribuer aux 35 heures la responsabilité de presque tous les maux dont souffre notre société : le chômage, le manque de compétitivité des entreprises, la délinquance, le fondamentalisme, le mariage pour tous… c’est la faute de la réduction du temps de travail.

Gains de compétitivité

Qu’il me soit permis ici de dire, en quelques mots, pourquoi les 35 heures sont à mes yeux une des meilleures réformes faites par un gouvernement depuis longtemps. Quand le chômage sévit massivement depuis plus de quarante ans (eh oui, le premier choc pétrolier, c’est 1973), ce n’est pas parce que les salariés sont trop payés en ne travaillant pas assez.
Quand le travail manque, il faut partager.
Sur le long comme sur le moyen terme, les gains de productivité font que nous produisons plus avec moins de force de travail qu’il y a 35 ans. Et quand le travail manque, il faut le partager.

Les manquements du management

Mais surtout, surtout, je considère que la plupart de ceux qui, aujourd’hui, accusent les 35 heures, s’exonèrent avec cette dénonciation facile de l’indispensable examen de conscience individuel et collectif, sur des manquements autrement plus graves que la supposée fainéantise des salariés, qu’ils soient fonctionnaires ou non.Dans le privé comme dans le public, les lacunes managériales, le manque de sens donné au travail, l’absence de vision, la souffrance (organisée ou non) au travail, le manque de confiance, la compétition stérile organisée entre les salariés, etc., handicapent bien plus lourdement la compétitivité. Tout cela mine l’implication des salariés dans la réussite de leur entreprise ou administration et fait perdre un argent incalculable.
Beaucoup de ceux qui accusent les 35 heures s’exonèrent avec cette dénonciation facile de l’indispensable examen de conscience individuel et collectif.
Et chacun a sa spécificité. Dans le privé : l’absence d’investissements, l’avidité sans limites des actionnaires, la pression de la rentabilité… et dans le public : des rémunérations en berne (eh oui, comment critiquer les 35 heures quand on gèle le point d’indice ?), la perte de substance du service public, la paupérisation des administrations…Alors oui, vive les 35 heures. Elles ne sont pas coupables de grand-chose et, au contraire, si elles pouvaient encore passer à 34, 32 ou 30 heures, elles pourraient résoudre bien des problèmes.

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